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DÉDALES

Apparences trompeuses

Une jeune femme au voile noir sort discrètement d’un monastère, aidée par une des sœurs, dont le frère, chauffeur de taxi, l’attend un peu plus loin dans la rue. À l’hôpital, elle a rendez-vous chez la gynécologue, alors que sort du cabinet une jeune femme s’étant visiblement faite avorter…

Dédales film movie

Le film roumain "Dédales", découvert dans la section Orizzonti du Festival de Venise 2021 et passé depuis par le Hors compétition de Reims Polar 2022, aborde la question du viol sous un angle à la fois mystique et sociologique. Débutant avec le portrait d’une jeune novice sortie en douce de son monastère (les premières scènes sont filmées à la manière d’un polar où on la sent en danger...), celui-ci bascule en son milieu vers celui d’un inspecteur se retrouvant à mener l’enquête sur un drame la concernant. C’est par petites touches, une parole lâchée par ci, un plan par là, que les situations successives de chacun nous son dévoilées. Les apparences sont souvent trompeuses et ce qu’on suppose être des sujets évacués par la première partie ne le seront pas forcément, le hors champ ayant son importance tout comme les changements de point de vue.

Au fond c’est avant tout le désir de justice qui semble ici exprimé, surtout dans la seconde partie, la conclusion réservant plusieurs surprises et s’avérant plutôt pessimiste quant à la situation du pays et le comportement des hommes. Mais au travers des deux segments, c’est bien le poids excessif de la religion qui est en ligne de mire. Celle-ci est en effet l’objet de nombreux dialogues critiques, comme lors du voyage initial vers l’hôpital où un passager, médecin de son état, vomit l’opulence de l’église alors que tellement de gens meurent de faim. Mais c’est le personnage de l’inspecteur, interprété avec âpreté par Emanuel Parvu, qui apporte le plus de recul sur celle-ci. Lorsqu’il demande par exemple à la mère supérieure plus de collaboration et de transparence malgré les questions de réputation de son couvent, ou lorsqu’il compare le peu d’infos dévoilées par l’une des sœurs à l’hypocrisie de la confession où chacun ne raconte que les faits qui l'arrange. Quand il ne s’énerve pas après son collègue bien plus âgé qui s’imagine encore que « si Dieu le veut, [il] aura un enfant », sans penser une seconde à la différence d’âge avec ce dernier.

L'autre atout du film est à chercher du côté de la mise en scène, l’auteur jouant sur les reflets (dans une bassine, dans la rivière...) pour signifier la présence, l’absence ou le devenir de son personnage féminin, comme avec cet élément (l’eau) pour symboliser le désir de pureté de l’inspecteur. Mais surtout, Bogdan George Apetri laisse régulièrement sa caméra divaguer, s’égarant dans des feuillages lorsque la jeune femme se change avec des vêtements civils, s’écartant de la scène de viol vers les bords bucoliques d’une rivière occupés par des brebis et des cavaliers, pour mieux y revenir pour les gestes les plus violents… Des moments qui s’apparentent finalement au ressenti d’une potentielle présence mystique ou d’une âme qui s’échappe, marquant ainsi la différence entre une acceptation de la spiritualité et une critique de la religion et ses institutions.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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