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DE PALMA

Brian is in his kitchen

Interviewé par les réalisateurs Noah Baumbach et Jake Paltrow, le cinéaste acclamé Brian De Palma revient en détail sur sa longue carrière…

Curieuse idée de consacrer un documentaire entier à un cinéaste aussi brillantissime que Brian De Palma. D’abord parce que le bonhomme, en dépit d’une certaine amertume vis-à-vis du système hollywoodien lors de la sortie récente de "Passion" en 2012, n’avait pas semblé désireux de tirer un trait sur son activité de cinéaste. Ensuite parce que son œuvre semblait encore loin d’avoir dessiné son point final : que ce soit à ses origines ou dans ses derniers films, la faculté de De Palma à savoir installer un doute permanent chez le spectateur à propos de son rapport perceptif à l’image semble clairement inépuisable ("Passion" l’avait d’ailleurs démontré de manière éblouissante). On ne peut donc pas tirer d’explication précise sur ce qui a réellement motivé la paire Baumbach/Paltrow à interviewer le cinéaste sur l’ensemble de sa carrière, tout comme il sera difficile pour les aficionados du cinéaste de guetter ici l’ombre d’une information nouvelle.

Destiné en priorité aux néophytes, "De Palma" se vit donc comme une longue interview du cinéaste, entrecoupée d’extraits de chacun de ses films, sans intervention extérieure de qui que ce soit. On a donc moins affaire à une rétrospective qu’à l’introspection personnelle d’un artiste qui revient sur son parcours, ses déceptions, ses succès, ses espoirs brisés, sa vie personnelle, son enfance, etc. Faiblard dans son montage, le film se suit néanmoins avec plaisir de par les éclairages qu’apporte De Palma sur sa méthode de travail, son perfectionnisme aigu et ses techniques de filmage (en particulier l’usage du split-screen). Et il faudra attendre la toute fin – assez amère – du documentaire pour qu’en une seule phrase-choc (« My true wife is my movie, not you »), le cinéaste réussisse à concentrer ses diverses facettes de créateur obsessionnel. Reste qu’un tel résultat, que l’on imagine difficilement sortable dans les salles obscures, aurait pu constituer un bonus d’enfer pour un hypothétique coffret DVD rétrospectif de la carrière de Brian De Palma. Rien de plus.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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