DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

Une formidable comédie, divinement orchestrée et interprétée

Synopsis du film

Nina, pensionnaire de la comédie-française, va diriger sa première en tant que metteuse en scène, avec MacBeth de Shakespeare. Trois heures avant la représentation, elle arrive à l’entrée en vélo. Malheureusement, elle a oublié son badge chez elle et le gardien fait du zèle, refusant de lui ouvrir. Peu à peu, les problèmes vont s’accumuler, sa comédienne principale étant notamment coincée dans un train, à Brest…

Critique du film DE LA COMÉDIE FRANÇAISE

Qu’on aime ou non le théâtre classique, "De la Comédie Française", récompensé de 4 prix au Festival de l’Alpe d’Huez (Prix du public, Prix spécial du jury, Prix du jury Canal + et Prix de la Région AURA) est un vrai régal, soutenant un rythme impressionnant, par ses textes comme par l’enchaînement des situations. Relatant les trois heures décisives qui précèdent une Première, le scénario, tiré de ce qui devait être initialement une série télé, s’amuse à décortiquer les relations entre les éléments de la troupe, pour mieux cerner les divisions et les rivalités, et parvenir à rappeler la complicité nécessaire pour accoucher d’une œuvre. Distillant savamment quelques pointes d’émotion, le film doit bien évidemment sa réussite à la qualité des dialogues et la richesse d’un casting entièrement issu de la Comédie-Française, dont on sent l’irrépressible envie de s'amuser, en donnant corps souvent à un opposé de soi-même.

On retrouve ainsi Laurent Stocker en Philippe interprète de MacBeth, mais cocu qui s’ignore, Marina Hands jouant sa compagne actrice Émilie, désireuse de plaire, Julien Frison dans le rôle du jeune premier Antoine, particulièrement superstitieux (il ne joue pas en tenue verte…), Adeline D’Hermy dans celui de Suzanne, totalement dépassée car elle ne comprend rien à la pièce, Sefa Yeboah en ouvreur attendant fébrilement les résultats du conservatoire, Guillaume Gallienne, en gardien abusant de son petit pouvoir, Christian Hecq en régisseur un peu trop technique et peu fournisseur de solutions, ainsi que Danièle Lebrun dans le rôle de Nana, vieille dame qui soigne son trac par la fumette. On soulignera en particulier la richesse des rôles de Danièle Lebrun (Nana), mémoire décalée des représentations passées, contant les expériences hors normes des années 60-70 et Adeline D’Hermy (Suzanne) dont l'incompréhension de la pièce engage dans de vrais fou-rires. L’apparition de Benjamin Lavernhe, dont on taira le rôle, vient couronner le tout, soulignant les querelles de chapelles qui persistent encore aujourd’hui.

Assurant un rythme presque frénétique à l’ensemble, la caméra des deux réalisateurs alterne les plans séquences avec des dispositifs plus classiques, permettant d’explorer tous les recoins d’un théâtre. Elle participe d’une dynamique d’ensemble, où chaque ligne de dialogue a son importance, soulignant les défauts des uns, les mesquineries des autres, les jalousies mal placées, les querelles artistes / techniciens, les ambitions contrariées, les sensations de déconsidération (coup de chapeau aux quelques scènes de la maquilleuse - alias Make up artist - Séphora Pondi), les différences de générations… Le tout souligne au travers d’une intrigue à tiroirs savamment structurée, la puissance de l’envie de créer, ensemble, une œuvre, qu’elle qu’en soit la réception. Cela fait au final de "De la Comédie Française", une œuvre étendard, rendant autant hommage au théâtre qu’elle affirme l’envie de cinéma.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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