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LA DANZA DE LA REALIDAD

Le film le plus personnel de Jodorowsky

À Tocopilla au Chili, Alejandro est sous le joug d'un père adepte de Staline qui s'attache à donner une éducation stricte à son fils. Le pays, alors sous la dictature Carlos Ibáñez, commence à s'embraser…

Il avait manqué à tous les cinéphiles adeptes de surréalisme au cinéma. Après près de vingt-trois ans d'absence (depuis le "Voleur d'arc-en-ciel"), ce cinéaste si singulier qu'est Alejandro Jodorowsky est revenu, sous des tonnerres d'applaudissements, au Théâtre de la Croisette à l'occasion de la Quinzaine des réalisateurs 2013. Le teasing était par ailleurs de taille après la diffusion du documentaire "Jodorowsky's Dune", consacré à sa tentative manquée d'adapter le fameux roman de Frank Hebert, rendant compte de toute sa fougue créatrice.

Pour les amateurs du réalisateur franco-chilien, la découverte de "La Danza de la realidad" sonne comme le testament de l'œuvre cinématographique de Jodorowsky. À travers cette sorte d'œuvre somme, le cinéaste jette un œil rétrospectif sur sa propre enfance et réuni tous ses thèmes fétiches et sa folie créatrice. Malgré le manque de moyens, on retrouve toute son exubérance burlesque : une pluie de sardines s'abattant sur la plage, une foule de culs de jatte en délire, un tsunami provoqué par un minuscule caillou… (la liste est non-exhaustive) Du côté provoc', Jodo n'a rien perdu et offusquera bien sûr ses réfractaires au passage. Entre la golden shower en frontale à vertus curatives, les ruptures de ton subites, ou encore l'orgasme en vocalises par la plantureuse mère d'Alejandro, l'univers complètement barré d'Alejandro Jodorowsky a de quoi déstabiliser. Graphiquement, "La Danza de la realidad" se pose certes plutôt en dessous de ce que le cinéaste a pu produire mais étant donné le sujet très introspectif, il s'agit là d'un choix de mise en scène des plus judicieux.

Car ici, Jodorowsky met en scène (au sens propre comme au figuré) sa propre famille dans une liberté la plus totale. Avec lui, la réalité n'est plus immuable. Elle se meut en fonction des souvenirs et des sensibilités ceux qui y font face. Vie fantasmée, noyée de symboliques à tous les plans, cette danse de la réalité y cristallise l'enfance du cinéaste telle qu'il l'a sûrement vécu à travers ses yeux de petit garçon. Un regard rétrospectif et très personnel mettant à jour ses traumas d'enfance. Le réalisateur s'administre sa propre thérapie psychédélique et en profite pour y conter une autre vie que celle que son père. Lui qui désirait tant tuer Ibáñez, "La Danza de la realidad" lui en donne l'opportunité. L'ensemble est foutraque et évoque un subtil mélange entre du Kusturica et du Tod Browning avec des petits airs de Fellini pour l'extravagance. Et malgré quelques longueurs assez pensantes, il faut bien reconnaitre que si Jodo signe ici son dernier film, c'est celui qui termine son œuvre à la perfection.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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