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LA DAME EN NOIR

Un film de James Watkins

Des retrouvailles dans la joie et la bonne Hammer

Arthur Kipps, jeune notaire londonien, est envoyé par son patron dans le village de Crythin Gifford afin de régler la succession d’une riche cliente tout juste décédée : une vaste demeure séparée du village par un immense marécage. Rongé par la perte récente de sa femme, Arthur espère profiter de ce voyage pour reprendre pied. Mais dès son arrivée, la plupart des habitants font montre d’un comportement étrange : l’aubergiste assure qu’il n’y a plus de chambre libre et le correspondant local du notaire fait tout pour qu’Arthur reprenne le premier train en direction de Londres…

Sous ses aspects de film morbide aux teintes ténébreuses, « La Dame en noir » est l’occasion d’une triple renaissance : celle de Daniel Radcliffe, qui après deux autres infidélités à la saga « Harry Potter », va enfin pouvoir démarrer une carrière sur de nouvelles bases, sans lunettes ni baguette ; celle de la Hammer, légendaire studio de production britannique qui a merveilleusement ranimé le souvenir des grands monstres de la Universal – les Dracula, Frankenstein et autres loups-garous – sous la houlette de Terence Fisher, Roy Ward Baker ou Freddie Francis, et que l’on retrouve ici avec joie dans le style de production qui a fait son succès ; et celle, enfin, du genre horrifique classique, pollué depuis plusieurs années par les débauches de gore et d’ineptes effets sonores qui ont réussi à transformer un genre noble en attraction pour les gogos. Cette triple résurrection a été rendue possible par les bons soins de Jane Goldman qui a su donner du relief à une œuvre littéraire, et le talent de James Watkins, le réalisateur d’ « Eden Lake », plus à l’aise encore dans l’horreur gothique que dans la violence contemporaine.

Cette élégante adaptation du roman de Susan Hill, décliné sous toutes les formes depuis sa parution en 1983 – téléfilm, feuilleton, pièce de théâtre et feuilleton radio – est une superbe introspection dans le style gothique britannique et ses manifestations : tout dans « La Dame en noir », du prologue qui voit trois adorables petites filles se jeter ensemble du haut d’une demeure, jusqu’aux mystères qui entourent le village isolé de Crythin Gifford et le manoir sépulcral hanté par la sombre silhouette du titre, du choix du format 2.35 au goût affirmé pour la suggestion lors des apparitions surnaturelles, tout renvoie à l’ambiance si particulière du cinéma d’horreur anglais des années cinquante / soixante et spécifiquement à celui de la Hammer. Le personnage principal, superbement interprété par Radcliffe, porte sur le visage les stigmates d’une sourde souffrance après la perte récente de sa femme, stigmates à peine contrebalancés par l’amour qu’il porte à son jeune garçon. La torture intérieure qui le ronge résonne dans les décors qui l’entourent et semble suinter sur les murs de la vieille demeure.

Car « La Dame en noir » relate avant tout l’histoire d’une douleur, ancienne, rancunière, enfouie au plus profond des pièces du manoir et sous la surface des marécages qui s’étendent à perte de vue entre l’habitat abandonné et l’inquiétant village aux mutiques habitants. Arthur Kipps (Radcliffe), d’intrus rejeté par tous, sauf par un riche notable local (joué par Ciarán Hinds), devient bientôt l’un des acteurs du drame qui dénoue au présent les fils d’une tragédie qui s’est nouée dans le passé. Le spectateur y développe d’autant plus de plaisir que James Watkins prend le temps de dérouler son récit sur un rythme parfaitement équilibré, avec ce qu’il faut de mystères irrésolus et d’indices révélateurs pour que l’enquête de Kipps devienne tout à fait passionnante, sans jamais donner l’impression que l’enjeu de ses recherches dissimule le véritable intérêt du film : le talent de son réalisateur à installer une oppression visuelle et sonore que nous n’avions pas vue depuis longtemps au cinéma. En cela, la longue scène de la première nuit passée dans le manoir, parsemée de manifestations spectrales et d’intolérables pauses, restera un modèle d’angoisse. Et ce n’est qu’un des nombreux éléments qui confèrent à cette « Dame en noir » un charme exceptionnel qui risque bien de faire palpiter quelques cœurs émotifs.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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