COUTURES
Un pantalon scénaristique trop cousu de fil blanc
Synopsis du film
Maxine Walker, cinéaste américaine reconnue dans le cinéma de genre et débarquée à Paris pour la Fashion Week, doit réaliser un court-métrage pour une grande maison de couture. Peu après son arrivée, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Entre les plateaux et les coulisses, elle tente de concilier son travail et l’annonce de sa maladie. Sa relation avec son chef opérateur prend une nouvelle dimension, entre soutien professionnel et proximité intime. Au fil du tournage, Maxine croise Ada, jeune mannequin sud-soudanaise venue tenter sa chance à Paris, et Angèle, maquilleuse française et aspirante écrivaine…
Critique du film COUTURES
Le piège avec un film qui décide de suivre le parcours croisé de plusieurs personnages au cœur d’un environnement spécifique qui les définit (ou qui influe sur leur destinée), c’est que ce milieu (plus qu’un simple décor) finisse par se montrer trop littéral pour bâtir sinon un propos, en tout cas un angle symbolique qui éclairerait et élèverait l’ensemble. C’est peu dire qu’Alice Winocour est tombée en plein dedans en parachutant son nouveau film dans le tumulte de la Fashion Week : prenez un trio de femmes ayant chacune sa profession en lien implicite avec l’univers de la haute couture, mettez bien en avant le fait qu’elles aient chacune à « recoudre le fil de leur propre histoire », et voilà, emballé c’est pesé, votre script-packaging est prêt pour livraison ! Là où la réalisatrice de "Proxima" et de "Revoir Paris" avait autrefois su explorer un contexte précis par le biais d’une narration en ligne droite et toute entière au service d’une émotion exponentielle, elle opte cette fois-ci pour une triple narration trop explicite – en plus d’être déséquilibrée – vouée à épuiser non-stop le champ lexical de la « déchirure » (conjugale, familiale, corporelle, géographique, sociale, psychique, vestimentaire, etc).
Concrètement, sur les trois intrigues de ce récit choral, seule celle concernant les émois existentiels et sentimentaux du personnage joué par Angelina Jolie (étonnamment très à l’aise avec la langue de Molière !) arrive à se montrer un tant soit peu consistante et touchante. De quoi ne laisser que peanuts pour les deux autres, respectivement centrées sur le stress pré-défilé d’un jeune mannequin africain (Anyier Anei) et sur les désirs d’écriture d’une maquilleuse trentenaire (Ella Rumpf). Cela dit, on avouera que cette dernière suffit, de par son principe narratif, à définir en quoi "Coutures" a davantage valeur de film de scénariste que de film de metteur en scène. Tout ce qui est rédigé à l’écrit (et forcément récité en off) via ce personnage secondaire devient une façon pour la réalisatrice de faire passer tous les enjeux sous-jacents des trois héroïnes – en particulier le désir de résilience qui les habite face aux épreuves du quotidien – au lieu de s’efforcer de les incarner par des choix de cadre et de découpage. Ce dont la scène finale, véritable défilé nocturne sur fond de tempête pluvieuse au ralenti où la voix off surligne tout à gogo, se fait le plus grand écho qui soit. Les quelques apartés glanés ici et là – dont un karaoké sur Mon amie la rose et la livraison clé en main d’une banale réflexion intello de Margurite Duras – n’en deviennent ainsi que plus creux et décoratifs, tels les ourlets appliqués au forceps sur un pantalon cousu de fil blanc.
Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur


