CONNEMARA
Quand tout est désespérément mis au même niveau par un montage qui se substitue presque à la mise en scène
Synopsis du film
Présentant des signes de burn out, Hélène écope de quatre semaines d’arrêt maladie. Malgré un mari aimant, ses deux filles, elle ne parvient pas à remonter la pente, s’énervant lors de réunions qui lui paraissent inutiles ou vaines. Alors qu’ils sont revenus vivre près d’Épinal, elle croise un ancien camarade sur lequel elle fantasmait, Christophe, qui a aujourd’hui un fils et qui tâche de reprendre le hockey sur glace…
Critique du film CONNEMARA
N’est pas Terrence Malick qui veut. C’est sans doute la réflexion qui nous vient immédiatement en sortant de la projection de l’indigeste "Connemara", passé par la section Cannes Première et nouveau film signé Alex Lutz (après les pourtant réussis "Guy" et "Une Nuit"). Histoire passionnelle portée par deux interprètes brillants qui font ce qu’ils peuvent (Mélanie Thierry et Bastien Bouillon, à la liaison desquels on voudrait croire), au milieu d’un montage particulièrement agaçant, le film démarrait pourtant plutôt bien. L’idée de représenter l’état d’esprit de l’héroïne et son épuisement psychique par l’apparition de zones opaques sur les bords du cadre paraissait intéressante, convoquant quelques passages en caméra subjective. Mais leur retour régulier, presque incongru dans certaines scènes, finit par nous perdre quant à cette intention.
Mêlant dans un désordre dont on peine à s’extraire, des bribes de discussion avec une psy, des souvenirs plus ou moins anodins, des morceaux de vie quotidienne, des bouts d’élans soudains, Alex Lutz semble vouloir rendre compte de l’effervescence de la vie de ces amants en devenir. Sur une trame qui affiche en voyant rouges la différence de milieu des deux personnages (on devine donc aisément la fin), on se désespère de voir le montage hasardeux mettre tout au même niveau d’enjeux, leurs premiers ébats et la reprise du hockey pour Christophe, un grand père ayant Alzheimer errant avec un fusil et la découverte qu’un concurrent masculin ayant damé le pion à Hélène au boulot, etc. Les dialogues désolent, mais la musique qui prend le dessus montre bien qu’en réalité ils n’ont pas vraiment d’importance.
Si on est tout de même heureux de retrouver Clémentine Célarié en grand mère (d’Hélène) bienveillante et inquiète, ou Jacques Gamblin en grand père (de Christophe) qui déraille peu à peu, le scénario tente désespérément d’exister face au montage, en questionnant l’engagement en amour. C’est d’ailleurs à la première que l’on doit la plus belle scène du film, soulignant le refus d’Hélène de se laisser aider. Mais l’ensemble donne trop dans l’artifice de découpage et de mise en scène (heureusement on évite ici les mouvements de caméra en balancier, symptomatiques de Malick) pour ne pas exaspérer à la longue. L’exemple le plus flagrant étant sans doute le poème apparaissant au milieu du film et laissé en plan en plein élan… pour réapparaître comme un cheveu sur la soupe en conclusion, alors qu’on l’a depuis longtemps oublié. On repassera donc malheureusement pour la passion, comme pour la poésie.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


