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COMPLICES

Love etc.

Le corps de Vincent est trouvé dans le Rhône. Chargés de l’enquête, l’inspecteur Hervé Cagan et sa co-équipière Karine Mangin découvrent peu à peu son histoire : c’était un jeune prostitué, et il était amoureux de Rebecca, qui demeure introuvable. A mesure qu’ils creusent dans l’entourage de la victime, les deux policiers découvrent un milieu sombre et inconnu, qui pourtant les renvoie à leur propre souffrance...

Pour son premier long métrage, Frédéric Mermoud n’échappe pas aux écueils du genre policier : image grise et froide, interrogatoires à deux contre un, scènes de solitude du policier dans son grand appartement avec baie vitrée sur la ville... Néanmoins il joue sur deux tableaux, opposant aux codes du polar ceux, plus sensuels, de la romance entre Vincent et Rebecca, à l’origine de l’intrigue. Ainsi, grâce à une construction habile à la “Cold Case” (une enquête policière d’aujourd’hui entrecoupée de flash-back clairement distincts dans leurs teintes et leur mise en scène, et qui permettent au spectateur de comprendre ce qui s’est passé), Mermoud passe outre le manque d’originalité du scénario pour insuffler à son film un rythme efficace, qui maintient le spectateur éveillé.

Deux récits, deux temporalités différentes...L’idée n’est pas toute neuve mais intéressante, car elle permet là de faire résonner les histoires entre elles, et de donner une certaine profondeur au couple formé par les deux policiers. A mesure qu’ils reconstituent les événements, Cogan et Mangin, tous deux très seuls en privé, déterrent une histoire d’amour dont ils ont peut-être rêvé un jour, et qui les confronte aux failles de leur existence. Leur complicité, joliment écrite, est un mélange d’affection et de distanciation pudique. Les scènes où ils s’affrontent sportivement autour d’une table de ping-pong cristallisent d’ailleurs très bien ce mélange de retenue et de frustration qui caractérise le duo.

Il faut dire que le casting est impeccable et rehausse allègrement la dimension un peu lisse du film. Aux côtés d’une Emmanuelle Devos surprenante de charisme dans un rôle à contre-emploi, Gilbert Melki, décidément très crédible en flic ténébreux (on se rappelle de sa très belle performance dans “Après la vie” de Lucas Belvaux), est absolument troublant. Nina Meurisse et Cyril Descours (actuellement à l’affiche de “Une petite zone de turbulences”), qui héritent des scènes les plus difficiles (nudité, sexe, violence...), s’en sortent eux aussi brillamment. Un premier film à bon potentiel, donc, et qui mérite bien des égards.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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