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THE COMPANY MEN

Un film de John Wells

Quand le rêve américain s’effondre

Bobby Walker a tout pour être heureux : une femme, deux gosses, une belle maison, une jolie voiture et un bon job. Mais quand sa boîte licencie à tour de bras pour les beaux yeux de ses actionnaires, Bobby se retrouve à pointer au chômage. Son ego en prendra rapidement un coup quand, bientôt, faute de travail, il se verra obligé d’accepter de bosser sur le chantier de son beau-frère…

Le monde aura connu de nombreuses crises économiques. C’est l’éclatement de la bulle spéculative au début des années 90 qui encourage John Wells à écrire son scénario qui ne trouvera un financement que près de 20 ans plus tard… Avec le krach de l’immobilier américain, il y a trois ans, l’histoire de « The Company men » retrouve une seconde jeunesse. De grosses pointures se montrent intéressées par le projet : c’est le cas de Tommy Lee Jones, Ben Affleck ou Kevin Costner qui y voient un moyen de parler de celles et ceux qui ont subi les conséquences d’un désastre financier : les travailleurs.

Si, aux Etats-Unis, les longs métrages sur l’ascension sociale, la fortune au travail, le métier de trader qui rapporte gros ou encore la Bourse pour les nuls sont nombreux (« Wall Street » 1 et 2, « Les initiés », « La Firme », « Trader »…), on ne peut pas en dire autant des films sur le chômage ou les licenciements de masse. Ah… comme le rêve américain vend mieux ! Du côté de la France, voire de l’Europe, on semble plus à l’aise dans ce second registre avec d’excellents films comme « L’Emploi du temps », « Ressources humaines », « Violence des échanges en milieu tempéré », « Rosetta », « Louise – Michel »…

Venu de la télévision, le réalisateur John Wells ose poser les bonnes questions et fait le vœu d’un avenir meilleur. Il voit les limites de notre économie actuelle et se demande comment lui donner plus d’humanité, comment revenir à un système plus concret tout en sortant de cette économie de l’immatériel ? L’Homme semble être au cœur de la réponse et Wells lui donne le premier rôle pour faire changer les choses, même modestement, en œuvrant pour un autre avenir.

Wells apporte dans son cinéma des références plus proches de Ken Loach que d’Oliver Stone. On est, en effet, très loin de ces films qui mettent en avant l’ascension sociale des grands pontes des entreprises du Cac 40. Il livre un film plus du registre sociétal. Avec sa co-scénariste, Kelly Cronin, il cherche à être particulièrement fidèle à la réalité, celle que le commun des mortels a vécu ou dont il a été témoin.

Il est, d’ailleurs, tellement proche de la réalité qu’il en tombe parfois dans les clichés les plus primaires. Par exemple, le personnage de Ben Affleck est le cadre commercial typique, vivant dans une banlieue chic et roulant au volant de sa Porche toute neuve. Mais finalement, en alignant des profils calibrés comme le jeune commercial gentil, le vieux dirigeant humaniste, le vieux dirigeant méchant, l’artisan sympa mais grognon, on est davantage devant des archétypes, des symboles. En revanche, on peut davantage regretter l'aspect très manichéen de ces rôles dans le film.

Le choix de ces personnages, et d’un casting très masculin, vient du fait que la crise a d’abord plus durement touché les hommes et les personnes hautement qualifiées. A l’écran, Ben Affleck remplit amplement son contrat, en père de famille perdu dans un rôle de chômeur où, pour le coup, il est très mauvais (pour les besoins du film !). Tommy Lee Jones carbure à l’empathie dans un rôle de dirigeant d’entreprise humaniste dépassé par ce qu’il ne contrôle plus dans sa propre société : la gestion des capitaux humains. Kevin Costner renoue avec un beau rôle qu’il avait déjà eu dans « Les Bienfaits de la colère », l’homme au grand cœur, ici obligé de travailler à perte. Chris Cooper, enfin, excelle en directeur modèle parti du bas de l’échelle mais remercié comme un quelconque numéro, avant d’occuper le rôle du chômeur de plus de 55 ans…

Dans cet univers très masculin, les femmes doivent rester fortes. Elles ont pratiquement toutes un travail (elles subviennent aux besoins de leur mari, sont infirmière, chef de service RH, conseillère en recherche d’emploi…). Rosemary DeWitt interprète la femme d’Affleck et Maria Bello joue la directrice des ressources inhumaines. La beauté de son rôle sera mise en évidence quand elle avouera son ambition de pouvoir contrôler certains licenciements. Ambition vaine… n’étant au final qu’un pion sur le grand échiquier de l’économie mondiale où les pièces les plus puissantes ne sont ni la reine, ni le roi… mais les fous !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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