Banniere-Berlinale-2019

COME AS YOU ARE

Un film de Desiree Akhavan

Même pas la peine d’y aller (comme vous êtes)

1993, lors du bal de fin d’année, Cameron est surprise, par son petit copain, sans culotte avec sa meilleure amie à l’arrière d’une voiture. Inquiets et perdus, ses parents adoptifs l’envoient dans un centre catholique pour qu’elle guérisse de cette déviance. L’homosexualité est une maladie curable pour Mrs Marsh qui dirige l’institut avec son frère, un ancien gay converti à l’hétérosexualité…

Ce Grand prix du dernier Festival de Sundance a tout de la méprise. Ne vous attendez surtout pas à un film grand public sur les amours adolescentes contrariées par la question de l’identité sexuelle. L’histoire se passe au début des années 90 lorsqu’une jeune fille est envoyée dans un centre religieux pour se débarrasser de ses démons, à savoir la perversion de l’homosexualité. Sachant que de telles pratiques ont encore lieu à la fin des années 2010, le sujet pouvait laisser espérer une belle analyse des conditions de vie en ces lieux, de la psychologie des « patients » comme des gérants et de la méthodologie employée pour soi-disant changer le moi profond d’une personne gay en hétérosexuelle. C’est par les yeux de Cameron (surprise avec sa petite amie et dénoncée par le mec avec qui elle passait la soirée du bal de fin d’année) que l’on suit le parcours de ces jeunes envoyés dans ces centres hyper catho où l’on enseigne que ni Dieu ni personne ne vous respectera si vous restez attiré par les personnes de même sexe. Jeunes gays et jeunes lesbiennes sont donc pris en charge par une équipe de missionnaires de Dieu qui vous apprennent d’abord la honte et la haine de soi pour arriver à leurs fins.

Sauf que la cinéaste, qui s’appuie sur un roman pour adolescents, va faire le choix d’une réalisation certes empreinte de réalisme mais hyper austère, certes respectueuse de ses personnages mais restant trop éloignée d’eux. On sent qu’elle ne veut pas tomber dans le conformisme, le sentimentalisme, l’émotion à outrance ou encore le pathos facile. Cependant, en prenant le parti du film indé sobre (d’accord... soporifique !), elle l’enlise dans un propos qui ne nous touche plus, ne nous atteint plus. À l’arrivée dans le centre, la présentation des personnages promet des histoires cachées, des relations intimes, des coups de sang, des révélations et des surprises. Visiblement, c’était la grève des scénaristes à ce moment-là. La réalisatrice se contente du minimum pour développer les personnages (pauvre Sasha Lane, complètement inexistante), pour nous expliquer le fonctionnement de ces centres et même pour prendre position sur ces derniers ou ne serait-ce que pour esquisser le début d’un discours sur ce que la religion vient faire dans cette quête identitaire personnelle. Et comme pour étirer son film, déjà bien creux, elle le finit par deux insupportables plans-séquences (dans la salle du petit déjeuner et à l’arrière du truck), mettant un interminable terme à une histoire pleine d’espérances jamais exaucées.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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