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COLONIA

N’est pas Pablo Larrain qui veut

En 1973, lorsque Daniel est arrêté par la junte militaire de Pinochet, qui vient de prendre violemment le pouvoir au Chili, sa petite amie se met à sa recherche et retrouve sa trace à Colonia Dignidad, un camp religieux qui couvre en réalité des couloirs menant à des salles où sont torturés les prisonniers politiques…

Il y a eu "No" de Pablo Larrain, maître du cinéma chilien, qui racontait comment le peuple avait dit « non » à Augusto Pinochet après 15 ans de dictature au Chili, voici aujourd’hui "Colonia" qui narre l’arrivée du même dirigeant au pouvoir en 1973 avec ses arrestations de militants d’Allende, président déchu qui s’est suicidé dans la foulée, refusant la reddition et l’exil qu’on lui proposait. La répression qui a suivi cette prise du pouvoir chilien est donc le sujet du film de Florian Gallenberger, tout comme les relations entre les néo-nazis et les pro-Pinochet, qu’il met en scène dans l’enceinte d’un camp religieux. Lorsque Daniel, graphiste et photographe pro-Allende, se fait arrêter avec sa petite amie Lena, une hôtesse de l’air de la Lufthansa, le premier est amené dans un camp pour y être torturé quand la seconde est relâchée. Une liberté qui l’amènera à lutter pour retrouver son amour, coûte que coûte. Une liberté qui la conduira finalement entre les murs de Colonia Dignidad, un dispensaire religieux dirigé par Pius, un ancien Nazi, où se trouve retenu Daniel.

Soyons clair d’emblée, on est loin de tout : loin du thriller prenant, loin de la fresque historique, loin de l’histoire d’amour poignante et donc loin du chef-d’œuvre cinématographique. "Colonia" n’est crédible dans aucun des genres qu’il tente d’embrasser. Le film commence par une love story des plus mièvres, au point que l’on est rapidement gêné pour les acteurs qui essaient de nous faire croire à leurs prétendus sentiments. Et on a beau se forcer, rien n’y fait tant les lourdeurs scénaristiques nous assomment de bêtises. Rien ne va plus quand le coup d’État a lieu et que le jeune Daniel décide de sortir son appareil photo en pleine rue devant des officiers de Pinochet en pleine arrestation d’opposants ! Et c’est ainsi, tout le long du film : les grosses ficelles cousues de fil blanc enfilent des perles à vitesse grand V !

Pourtant l’angle choisi était intéressant : filmer de l’intérieur cette enceinte aux relents de camp de concentration où on torture, on lave les cerveaux, on impose des disciplines et des besognes quotidiennes, où on viole et on abuse des enfants que l’on sépare de leurs parents à la naissance. Le réalisateur allemand, déjà auteur de "John Rabe, le juste de Nankin" se penche à nouveau sur l’Histoire de son pays et l’héritage nazi au-delà des frontières germaniques. Il avait trouvé avec Colonia Dignidad un lieu qui symbolisait parfaitement – à son échelle – toute l’horreur que pouvait vivre une partie de la population chilienne de l’époque et dans une moindre mesure la cristallisation de la haine nazie après la fin du IIIe Reich. À l’image d’un dictateur ou d’un gourou, Pius, le chef du camp, prédicateur misogyne, violent et pédophile, représentait parfaitement cette fascinante image du leader charismatique mais haineux.

Sauf que Florian Gallenberger n’est pas Pablo Larrain, et on assiste ici à un thriller puéril pour adolescents qui ne cherche en rien à faire du cinéma mais juste à montrer une Emma Watson en femme forte, têtue et un peu idiote, prête à tout par amour, et un Daniel Brühl qui passe aisément d’activiste à légume en passant par hamster (avec sa tête de Chipmunk). On en rit encore alors que ce n’est pas drôle du tout !... Au final, on retiendra surtout la prestation de Michael Nyqvist, assez bon dans son rôle de prédicateur nazi, et on s’intéressera davantage à l’histoire vraie de cette secte ayant sévi de nombreuses années au Chili qu’au sort de ce jeune couple dont le parcours téléphoné nous plongera dans un abîme de torpeur.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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