Bannière Reflets cinéma ibérique et latino américain 2020

CIGARE AU MIEL

Un film de Kamir Aïnouz

Un éveil des sens porté par Zoé Adjani

1993. Selma, fille d’une riche famille Berbère vivant à Paris, intègre une école sans passer par les classes préparatoires, au grand désespoir de sa mère. Rapidement, elle se laisse séduire par le jeune Julien…

Cigare au miel film

La réalisatrice Kamir Aïnouz (à ne pas confondre avec son frère, l’algéro-brésilien Karim Aïnouz gagnant d’Un certain regard en 2019 avec "La vie invisible d’Euridice Gusmao") met en scène un premier film en forme de plongée au sein d’un microcosme familial dont l’ouverture est représentée par la fille, Selma, en plein éveil des sens. Un rôle que la mère (Amira Casar, méconnaissable sous une coupe de cheveux du début des années 90, plutôt imposante) a délaissé depuis longtemps, par amour pour celle qui n’était alors qu’un bébé. Le très beau générique de début, sur fond rose, aux formes évocatrices vibrantes et aux lettres dorées, entrecoupé d’images d’une jeune femme allongée avec langueur sur une plage, donne le ton quant à la place du plaisir dans le film.

Tout au long du récit, il sera question de féminité, au travers à la fois des pulsions de la jeune femme (interprétée avec justesse par Zoé Adjani, la nièce d’Isabelle Adjani), recalant avec aplomb en permanence le regard des autres, que ce soit en soirée face à un élève insistant, ou lors d’un bizutage ras du front. Face à deux parents eux même tiraillés entre inquiétude pour leur fille et poids culturel (rencontres arrangées, questions de réputation...), son expérimentation du plaisir va devoir trouver une voie, étroite et forcément cruelle. Quant à la place de la situation de l’Algerie (et la Kabylie), elle devient soudain réellement importante dans la dernière partie du film (nous sommes alors en 1994, en pleine période d’attentats islamistes), jouant à la fois comme une ouverture, affirmant notamment le rôle de la relation aux racines et celui, potentiel, de trois générations de femmes vis-à-vis de l’image et l’avenir d’un pays.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire