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CHRONICLE

Super boys

Andrew, lycéen solitaire, décide de filmer son quotidien. Après avoir découvert une substance mystérieuse avec son cousin et l’un des élèves les plus populaires du lycée, leurs vies vont considérablement changer. Possédant chacun des super-pouvoirs, leur vie n’est désormais plus une chronique ordinaire. À chacun désormais d’appréhender la découverte de ces nouveaux pouvoirs de la façon qu’il l’entend...

Quand une idée fonctionne au cinéma (ou ailleurs), elle est souvent utilisée jusqu’à l’usure. Le « fond footage » est un procédé consistant à nous montrer un film « soi- disant » filmé par le personnage principal, découvert et montré au public (nous). En plus d’avoir un niveau qualitatif de plus en plus tiré vers le bas, ce genre ne se renouvelle que très rarement (le dernier en date à avoir changé la donne est très sûrement « Le Projet Blair Witch »), la faute due à une mise en scène jamais inspirée, limitée par un point de vu narratif restreint, ennuyeux et souvent illogique. Comment dès lors, voulant profiter de l’engouement cinématographique pour les super-héros, genre lui aussi usé, Josh Trank pouvait-il réussir le double pari de tourner un film original, inspiré et intéressant ?

Trank ne commence pas son film en entrant directement dans le vif du sujet. Là où tous les autres, que ce soit Deodato avec « Cannibal Holocauste », Daniel Myrick avec « Le Projet Blair Witch » ou encore ces sous films que sont « Paranormal Activity » et ses suites (ainsi que leurs ersatz), ne traitent uniquement que de leur sujet principal, « Chronicle » ne débute pas son intrigue par une histoire de pouvoirs spéciaux, mais aborde les chroniques quotidiennes d’un adolescent solitaire, vivant dans un contexte familial difficile (une mère mourante, un père alcoolique et violent).

Ainsi, lors de la découverte d’une substance d’origine inconnue au cours d’une simple promenade, nos personnages sont déjà suffisamment développés. En adoptant le point de vue des personnages principaux, le spectateur peut ainsi découvrir et suivre leur récit sans jamais avoir d’avance sur eux (ni eux, ni nous ne connaissons l’origine de leurs pouvoirs). Là où ce procédé trouve habituellement rapidement ses limites en terme de mise en scène, car la caméra se doit d’être fixe ou portée à bout de bras, Trank, très inspiré, décide d’offrir des mouvements de caméras propres au cinéma traditionnel et numérique.

Son protagoniste possède des pouvoirs télékinésiques et est narcissique : il décide donc de faire léviter sa caméra et de lui offrir les mouvements les plus fous pour toujours couvrir la scène sous son meilleur angle. Besoin de plusieurs points de vue ? Ce n’est pas un problème, il suffit d’utiliser dès lors plusieurs caméras (celle d’une blogueuse ou des dizaines de téléphones portables volés à des passants).

C’est ici que la mise en scène va rencontrer son unique défaut. Si l’on est censé assister à une chronique d’un personnage d’un point de vue diégétique, comment expliquer que le montage qui nous est offert inclue ce que des personnes, autres que les trois protagonistes filment, se retrouvent à l’écran, puisqu’aucun montage de ces images n’est logiquement possible. Trank franchit donc ici la barrière entre « found footage », ne devant être construit qu’à partir d’un unique point de vue diégétique, et celle du cinéma traditionnel, construit d’après le point de vue d’un réalisateur, monteur… possédant des images non consciemment produites par le héros.

Alors que son idée est ultra simpliste sur le papier (trois ados ont des pouvoirs spéciaux, que vont-ils en faire ?), Trank livre une œuvre un peu plus fouillée que ce que l’on a pu voir jusqu’à présent. Jamais ironique et moqueur du genre (« Kick Ass »), « Chronicle » inscrit son élément fantastique dans un univers bien réel. Cette découverte de pouvoirs va influer sur la vie des nos trois héros et sur leur environnement, et Andrew va dès lors pouvoir prendre une revanche sur la vie. Mais tel Anakin Skywalker ou Magneto, cette revanche ne sera pas forcement d’une morale exemplaire.

Ce sont ainsi les questions que pose intelligemment Trank : si demain nous pouvions faire tout ce que nous voulons, pourquoi ne pas aller braquer une banque ou éliminer un rival plutôt que d’aider son prochain ? Dosant habilement la psychologie des personnages avec d’impressionnantes scènes d’action, Trank réussit donc son pari, celui de créer un film intelligent, attractif, parlant à un large public (pas besoin d’être un geek gavé de références, les héros n’en possédant aucune) et renouvelant un double genre déjà bien rempli.

Terminant sur un final digne de celui d’« Akira » d’Ottomo et son duel dantesque entre Tetsuo et Kaneda, on se surprend à désirer ardemment une suite à un projet dont on espérait à l’origine pas grand chose. Mission accomplie.

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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