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CHANT DES MERS DU SUD

Un film de Marat Sarulu

Lorsque l’enfant paraît…

Dans un petit village du Kazakhstan, Maria met au monde un petit garçon brun avec les yeux bridés. Or, elle et son mari Yvan sont russes et blonds comme les blés. Ce dernier furieux se précipite chez son voisin kazakh Assan, persuadé qu’il est l’amant de sa femme. Pendant 15 ans, ils vivront en conflit jusqu’au jour où Yvan décide de rendre visite à son grand père...

“Chant des mers du sud” retrace la quête spirituelle de deux hommes à la recherche de leurs racines. Comme leurs ancêtres, ils vivent ensemble sur les mêmes terres. Pourtant ils sont différents. Physiquement naturellement, mais aussi dans leur façon de vivre. Il faudra cette naissance pour embraser leur relation jusqu’ici courtoise. Pendant 15 ans ils se haïront en silence jusqu’à ce que Sacha, le fils d’Yvan, s’enfuie de la maison familiale pour aller vivre en pleine nature avec les chevaux, déclenchant ainsi chez les deux voisins une période d’introspection où chacun partira retrouver ses racines. Mais comme dans la légende de la quête des mers du sud, l’homme, à la recherche de soi, ne trouve la sérénité qu’après s’être perdu aux trois autres points cardinaux.

Cinéaste kirghiz, Marat Sarulu a grandi comme ses personnages dans une culture multi-ethnique. Fort de son expérience, il nous propose un film inspiré, reflet d’une société mixte et riche d’histoire. Une mixité ethnique tout d’abord, puisque les deux hommes, bien que vivant dans le même pays, sont d’origines bien différentes : Yvan est russe, Assan est Kazakh. D’un angle de vue plus large, on retrouve cette diversité avec le personnage de l’Allemand, né sur place, mais qui entreprend de partir en Europe, comme s’il n’avait jamais été réellement chez lui en Asie. Une mixité religieuse ensuite, mettant en scène le Christianisme et l’Islam. Et enfin une mixité sociale, avec Yvan confronté au mépris de sa belle famille. Non cosaque, contrairement à sa femme, il est rabaissé au rang de moujik, terme utilisé pour nommer quelqu’un de classe sociale inférieure.

Mosaïque de singularités, “Chants des mers du sud” est une œuvre poétique qui révèle remarquablement cette région d’Asie centrale si énigmatique. Nous faisant découvrir un territoire aussi désertique que magnifique, où les grands espaces, à l’image de ses hommes, sont aussi contrastés qu’isolés. Un joli film qui ne manquera pas de vous charmer.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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