CEUX QUI COMPTENT

Une comédie dramatique sur la reconstruction après un deuil

Synopsis du film

Rose élève seul ses trois enfants dans son hôtel restaurant qu’ils sont obligés de squatter parce la banque l’a saisi. Pour nourrir sa famille, elle doit voler dans les supermarchés. Le jour où elle se fait prendre, elle est secouru par Jean, un solitaire désabusé qui vit en ermite dans sa camionnette. Il ne pensait pas que ce geste de compassion allait chambouler son existence tranquille, car Rose a encore besoin de lui pour se faire passer pour son mari aux yeux des services sociaux…

Critique du film CEUX QUI COMPTENT

À première vue, le principal atout du nouveau film de Jean-Baptiste Leonetti ("Carré blanc", "Hors de portée") réside dans la partition de son duo d'acteur tout en dissonances. Sandrine Kiberlain est plus vraie que nature en mère de famille un brin exubérante et optimiste devant l'éternel. Tandis que Pierre Lottin excelle en ermite misanthrope et un peu nihiliste sur les bords. Le télescopage de ces deux personnages diamétralement opposés est la promesse de quelques séquences croustillantes mettant en scène un personnage qui voudrait tout arrêter, et l'autre qui en demande encore. Un procédé comique n'est pas neuf, mais qui produit toujours son petit effet, surtout quand la promesse est tenue avec brio. Vu sous ce prisme, les visites de l'assistante sociale, pendant lesquelles le duo doit donner l'illusion d'un couple harmonieux, font figure de modèle du genre.

Jean-Baptiste Leonetti fait preuve non seulement de talent dans le registre comique, mais surtout d'une grande habileté dans la rupture de ton qui conduit par moments à des séquences d'une vibrante émotion. Car l'apparente jovialité de Rose masque de nombreuses fêlures et une difficulté croissante à maintenir la cohésion de la cellule familiale. Chacun a sa manière de gérer le disparition du père de famille et la faillite de leur hôtel restaurant. Des divergences d'opinion qui conduisent fatalement à des tensions et qui permettent de mettre en valeur le talent des jeunes interprètes des enfants de Rose.

Le fils, campé par le bouillonnant Alexis Rosenstiehl (vu dans la série Netflix "Young millionnaires" et très prochainement à l'affiche du prochain Tolédano-Nakache), veut faire table rase du passé pour mieux appréhender l'avenir, à l'inverse de sa mère qui s'accroche au passé et au souvenir de son mari, notamment au travers de sa montre. Entre les deux, la fille aînée, jouée par Louise Labèque ("Annie Colère", "Toni, en famille") toute en retenue, car elle ronge son frein et encaisse les coups sans broncher, pour ne pas rajouter de l'huile sur ce feu. Mais la résilience de la jeune femme aura forcément ses limites.

Réduire "Ceux qui comptent" à son duo comique d'acteurs ultra bankable serait donc une erreur, car il s'agit bien d'une vraie comédie dramatique qui oscille entre rire et larmes pendant 90 minutes, pour mieux nous faire douter concernant le dénouement. Le public appréciera plus ou moins d'être émotionnellement ballotté de la sorte, question de goût. Mais on peut au moins féliciter toute l'équipe du film pour cette belle réussite dans un exercice de funambulisme extrêmement difficile.

Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

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