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CAROL

Un film de Todd Haynes

Une passion étouffée par l’élégance de sa narration

Dans un restaurant de Manhattan deux femmes dînent ensemble quand une connaissance vient les interrompre. L’une d’elle part alors rejoindre des amis à une soirée. Dans la voiture qui l’y conduit, elle se remémore sa rencontre avec cette femme, un jour de Noël, au rayon jouet d’un grand magasin…

Carol est une grande bourgeoise new-yorkaise en pleine procédure de divorce. Thérèse est une photographe sans le sou qui fait des petits boulots de vendeuse pour gagner sa vie. Leurs deux destinées vont se croiser autour d’une suggestion de cadeau pour la fille de Carol. Thérèse proposera un train électrique plutôt qu’une poupée, l’idée charmera Carol. Une paire de gant oubliée sera le prétexte à une deuxième rencontre.

Cette histoire d’amour naissante entre deux femmes est librement inspirée du roman éponyme de Patricia Highsmith. Publié sous le pseudonyme de Claire Morgan, "Carol" évoque la relation que la romancière a entretenue avec une femme aisée de Philadelphie. Surprise dans les bras d’une femme, cette dernière perdra la garde de son enfant dans un divorce qui défraya la chronique. Le risque d’être déchue de ses droits maternels est encore présent dans l’adaptation de Todd Haynes, mais reste secondaire. En effet, le film se concentre essentiellement sur les jeux de séduction auxquels vont se prêter les deux héroïnes. L’histoire d’amour prévaut sur les interdits et les attaques du mari de Carol sont avant tout les gestes désespérés d’un homme amoureux que les stigmatisations d’une morale bafouée.

Cette romance construite en diptyque pyramidale verra son apogée quand Carol et Thérèse se déclareront leur amour dans un mini road-trip loin de l’effervescence new-yorkaise, pour s’estomper ensuite jusqu’à cette scène finale, révélation du mystérieux dîner évoqué en prologue au flash back. Une boucle narrative qui tel un train électrique revient irrémédiablement à son point de départ. Une construction impeccable soulignée par une photographie soignée à son paroxysme. Les couleurs veloutées des toilettes et des décors exaltent une ambiance fifties élégamment vintage et le jeu légèrement feutré des actrices les érige en icône d’une splendeur passée.

Cette esthétique savamment travaillée est une spécificité récurrente dans la filmographie du réalisateur, notamment dans "Loin du paradis" qui, dans un registre similaire, retraçait la liaison sulfureuse d’une épouse modèle des années 50 pour son jardinier noir. Malheureusement cette recherche éperdue de la perfection visuelle éclipse un tant soit peu l’émotion. Figées dans leur statut d’héroïnes raffinées, Carol et Thérèse semblent survoler une passion qu’on imagine dévorante, puisque interdite. Une pudeur esthétisante qui lisse le film en un très bel objet qu’on admire pour sa plastique mais qui manque néanmoins d’âme.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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