Bannière Festival d'Annecy 2026 : quotidiennes, sélection, films, critiques

CARMEN, L'OISEAU REBELLE

Un enchantement visuel pour une palpitante relecture de Carmen à hauteur d’enfants

Synopsis du film

Séville, au XIXe siècle. Tonio, aiguiseur de couteaux aveugle, revient en ville, accompagné de son assistant Salvador, après une longue période d’absence. La nuit, alors qu’ils dorment dans des hamacs de fortune au bord du fleuve Guadalquivir, Salva aperçoit une jeune femme sur l’île en face, près des ruines, qui chantonne puis se baigne. Il s’agit de Carmen, une gitane. Celle-ci l’entend et traverse la rivière, lui reprochant de l’observer en douce, avant de sympathiser. Mais bientôt, alors qu’un brigadier prénommé José accepte, en plus de l’aiguisage de son couteau, de payer un extra pour un présage, le vieux Tonio prétend ne rien avoir vu et le rembourse. En réalité, sa vision implique le soldat, Carmen, le couteau et un torero…

Critique du film CARMEN, L'OISEAU REBELLE

Passé par la Quinzaine des cinéastes à Cannes, puis en compétition au Festival d’Annecy, "Carmen, l’oiseau rebelle" est une adaptation très libre de l’opéra de Bizet. Point ici de développement des amours de Carmen, point de fiancée ni de virage parmi les contrebandiers pour la brigadier José, mais l’introduction de personnages d’enfants ou d’adolescents : Salva, l’assistant de l’aiguiseur de couteaux, Belen, une amie voleuse secrètement amoureuse de lui, accompagnée de Bola et Pirana, deux gamins des rues. Faisant bloc pour tenter de sauver Carmen d’une mort prédite par le vieux Tonio, ils vont manigancer diverses actions pour éviter que José et son fameux couteau ne se retrouvent dans les arènes, au moment du possible meurtre.

Mêlant à un opéra où l’héroïne apparaissait déjà comme une femme libre, choisissant ses amours (elle séduisait José pour s’échapper, se lassait de lui, pour ensuite s’enamouracher du torero…), Sébastien Laudenbach fait de son film un plaidoyer pour que les femmes soient écoutées et contre toutes formes de pression, fustigeant ainsi la notion de « crime passionnel », clairement montrée comme un abus de la part d’hommes possessifs et jaloux. Non seulement l’aventure est épatante, mais le style graphique désormais parfaitement maîtrisé par l’auteur (traits noirs épais façon coups de pinceaux, variations d’épaisseurs qui donnent une sensation de mouvement, différences de couleurs de traits ou changement délimité de la couleur de fond du personnage ou du décor, qui traduit les ombres ou les changements de lumière).

C’est ainsi que Laudenbach nous transporte dans un Séville presque disparu mais profondément dépaysant, du fond d’une taverne à une carrière ou se réunissent les femmes pour danser le flamenco, des ruelles étroites à une mine abandonnée, en passant par les rives du fleuve Guadalquivir où l’on reconnaît la fameuse Tour de l’or (torre del oro, toujours existante) ici prolongée par des remparts (aujourd’hui disparus). Carmen y revêt principalement des coloris rouges et ocres, à l’image de son caractère passionné, alors que le brigadier José est en majorité de bleus, à l’image de son uniforme et d’une progressivement froideur. Si "Carmen, l’oiseau rebelle" n’est pas une comédie musicale, on peut y entendre certains thèmes de l’opéra, dont l’air du « Toreador » à la trompette, ou le fameux « L’amour est un oiseau rebelle » sous différentes formes (à la flûte au début, chantonné par Carmen qui se baigne, mais aussi chanté sur des rythmes plus modernes lors du retour au camp). En bref, le long métrage est un véritable enchantement visuel, visant certes plus un public enfantin autour de son groupe d’enfant des rues, qui ne cracheraient pas sur un vrai foyer, et dont les plus petits apportent le côté comique par leur effronterie.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

À LIRE ÉGALEMENT

Laisser un commentaire