CACTUS PEARS
Traditions contre émancipation
Synopsis du film
À l’hôpital, une famille attend des nouvelles du père, anxieuse. Quand ils apprennent sa mort, c’est le drame et le deuil commence… En Inde, les traditions sont fortes, et tout un protocole se met alors en ordre de marche pour accompagner le défunt dans l’autre monde. Mais les rites concernent la famille également et le fils, Anand, doit se rendre dans son village natal avec le corps pour la crémation…
Critique du film CACTUS PEARS
Dans ce film intimiste indien, comme on en a peu l’habitude de voir, Rohan Parashuram Kanawade, le réalisateur, exploite son vécu et ses expériences passées. Le film concentre son récit sur la force et la persistance des traditions dans l’Inde rurale face à la volonté d’émancipation d’un jeune citadin d’une trentaine d’années qui a goûté à la modernité et n’a toujours pas fondé de famille. Dans ce retour en arrière, il met donc son héros en conflit avec ses proches, ses racines, mais aussi ses propres acquis dans un monde figé auquel il avait échappé en allant travailler en ville. Dans son village d’origine, on le regarde différemment, comme un étranger qui a oublié d’où il vient et qu’il faut absolument remettre dans le rang des coutumes ancestrales.
La mort de son père le fera revenir aux rituels les plus primaires. Le fils doit alors se conformer à des rites tous plus insolites les uns que les autres pour quelqu’un d’extérieur à ses croyances. Il ne devra notamment porter aucun vêtement noir, pas de chaussures non plus, il ne pourra plus se raser… pendant cette période de deuil d’une dizaine de jours. Rohan Parashuram Kanawade est très précis sur les traditions en vigueur. Il les confronte avec l’arrivée d’un ami d’enfance d’Anand, qui va réveiller en lui des sentiments inattendus et complètement inappropriés à cette période de sa vie : l’amour ! L’homosexualité, dépénalisée seulement depuis 2018 en Inde, est encore un tabou important au cœur des familles traditionnelles, et spécialement dans les contrées reculées du deuxième pays le plus peuplé de la Terre.
Cette homosexualité n’est jamais nommée dans "Cactus Pears", mais elle est montrée naturellement comme toute autre histoire d’amour entre deux personnes. Rohan Parashuram Kanawade fait monter les sentiments au fur et à mesure de leurs rencontres – cachées des yeux de tous – et on assiste à des bouffées d’air, hors du temps, entre ces deux amoureux. Une relation qui ne peut toutefois pas se vivre au grand jour. La caméra filme de nuit ou en fin de journée leur relation plus intime. Une relation qui, si elle est cachée, est également ignorée par leur famille respective. Les parents ne veulent surtout rien voir, ni comprendre. Hors de question de parler de ce sujet qui ne doit pas exister dans leur cercle familial !
Rohan Parashuram Kanawade, lauréat d’un Grand Prix du Jury au Festival de Sundance 2025 pour ce "Cactus Pears", livre un premier long-métrage sensible, particulièrement documenté sur le fond, notamment dans son traitement des traditions en Inde. Cela lui permet de mettre en avant leur poids sur les besoins d’émancipation des jeunes populations comme dans la découverte de leurs sentiments amoureux qui vont contre les normes de la société. Toutefois, le film manque d’intensité et de profondeur pour vraiment embarquer le spectateur. La mise en scène qui se veut discrète est finalement trop subtile pour vraiment faire naître l’émotion.
On se dit que le réalisateur déséquilibre un peu trop son discours, forçant trop sur les conventions établies et les rites, au détriment de l’histoire d’amour naissante caractérisée par quelques scènes délicates et prudes. Mais ne serait-ce finalement pas volontaire ? Rohan Parashuram Kanawade ne veut-il pas, par là, montrer comment ces conventions étouffent aujourd’hui les romances LGBT en Inde ? C’est peut-être le cas, mais le rythme en pâtit malheureusement, nous tenant finalement trop à distance des personnages, dans une histoire ténue qui, par ce qu’elle montre, ne choquera personne. Gageons toutefois que ce cinéma rare, qui avance à tâtons sur ce sujet sensible et qui doit être encouragé, trouve pleinement sa place dans le paysage cinématographique indien.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur
