TOP : 10 FILMS MARQUANTS DE LA CARRIÈRE DE JODIE FOSTER bannière © Claire Fridkin (licence CC-BY-SA-4.0)

BUGONIA

Un film de Yórgos Lánthimos

Un remake plus sombre et dans l’air du temps

Synopsis du film

Deux cousins kidnappent la PDG d’une grande entreprise pharmaceutique, persuadés que celle-ci est une alien. Malgré l’incrédulité de celle-ci, ils vont la torturer afin de lui faire avouer son funeste plan pour la race humaine…

Critique du film BUGONIA

Passé par la compétition du Festival de Venise 2025, le nouveau film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos ("Pauvres Créatures", "Mise à mort du Cerf Sacré", "The Lobster"), "Bugonia" n’est autre que l’adaptation du long métrage coréen complètement barré de 2005, "Save The Green Planet", présenté à l’époque au Festival de Gérardmer. Lanthimos en fait un film tout aussi surprenant, mais ancré dans la société américaine d’aujourd’hui, avec à la fois une noirceur liée aux différences de classes sociales qui se ressent jusque dans l’utilisation des couleurs (loin du bigarré et du vert dominant de l’original), une prégnance des thématiques écologiques autour de l’extinction des abeilles comme de l’espèce humaine, et surtout un contexte de famille imbibée par un complotisme rampant. Se traduisant initialement par une assomption d’apparence absurde (la croyance en le fait que la PDG d’une entreprise pharmaceutique puisse être une extra-terrestre), les échanges avec celle-ci vont autant semer le doute sur l’état mental de ses deux ravisseurs que sur le dessein d’une entreprise comme la sienne, amenant ainsi le scénario sur un terrain politique.

Désireux de négocier le retrait de cette espèce alien de la Terre, le héros à la mère malade et son cousin pas finaud, vont devenir ironiquement un dernier rempart contre l’avidité destructrice des multinationales. On s’amusera donc autant de l’absurdité apparente de la négociation (la manipulation verbale est doucement mise en exergue) que de la violence, maîtrisée à merveille dans ses chorégraphies et son découpage par le réalisateur. Une violence qui jaillira aussi bien d’un côté que de l’autre et symbolisera au passage l’incapacité de dialogue d’une société tirée vers les extrêmes, livrant ainsi une vision peu reluisante de l’humanité. Employant une nouvelle fois le tandem de haut vol composé d’Emma Stone (c’est même son quatrième film avec Lanthimos puisqu’elle était l’héroïne de "La Favorite") et de Jesse Plemons (qui avait lui aussi déjà 3 rôles différents dans son "Kinds of Kindness"), le metteur en scène leur offre ici des partitions musclées, où la transformation physique a également toute son importance (la crâne rasé d’Emma Stone évoque d’autres persécutions). Chacun n’ayant pas peur de mouiller la chemise, le film s’avère aussi divertissant et surprenant, qu’il est finalement cérébral. Les aficionados de Yorgos Lanthimos ne devraient donc pas être déçus et les adeptes de cinéma de science fiction cachant une dimension politique devraient adorer.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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