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BOOGIE

Un film de Radu Muntean

Acteurs talentueux pour un joli film « dogmatique »

En vacances au bord de la mer Noire, Bogdan et Smaranda profitent de leur tout jeune fils Adrian. En ville, Bogdan croise le chemin d'amis d'enfance qu'il n'avait pas vus depuis plusieurs années. Il profite de cette occasion pour les retrouver le soir au tour d'une verre, puis d'un autre, d'un autre et encore d'un autre... Ca faisait longtemps que « Boogie », comme l'appelle ses deux amis, ne s'était pas autant amusé...

La petite trentaine, marié, un gosse, une bonne situation professionnelle : la vie de Bogdan semble riche et équilibrée, tranquille ! Trop tranquille peut-être... Quand il a l'occasion de passer une soirée entre potes, d'oublier les tracas quotidiens et de retomber en enfance (comprenez boire des coups, jouer au bowling, draguer voire plus si affinités, le tout bien sûr loin de son épouse), Bogdan saisit l'opportunité ! Papa gâteau c'est bien, boire de la bière entre amis c'est pas mal non plus ! Un sentiment que beaucoup de jeunes de cet âge-là, installés, partagent sans, peut-être, se l'avouer... Nostalgie d'un temps perdu quand tu nous tiens... !

Bogdan a construit avec sa femme un couple solide, qu'il protège d'ailleurs avec beaucoup de sérénité et de patience. Sa femme Smaranda est souvent l'élément perturbateur ; en ligne de front quand il s'agit de faire une remarque désobligeante. On comprend vraiment le besoin « d'air » qu'éprouve Bogdan dans le film. Le besoin de se rattacher à des racines amies et à plus de légèreté. Après, ce qu'il fait de sa nuit pourrait être sujet à caution mais cela reste le choix personnel des scénaristes !

La réalisation reste très singulière, sans artifice. On croirait que Radu Muntean a signé la charte du Dogme : il n'utilise ni lumière artificielle ni effets sonores et filme de longs plans séquences de 8 ou 9 minutes. Et il réussit des scènes nourries de vrais dialogues et d'intéressantes réflexions, notamment sur ce que nous pourrions appeler « la crise de la trentaine », sur le couple et sur la nécessité de communiquer...

Les principaux acteurs font des merveilles. A commencer par Dragos Bucur, star roumaine vue dernièrement dans « 12 h 08 à l'est de Bucarest ». Le naturel et l'humanité qu'il dégage renvoie une pudeur et une aura qui impressionne. Anamaria Marinca, qui interprète le rôle de l'épouse, revient sur la Croisette, après avoir été en tête d'affiche de la Palme d'or 2007 « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » (« Boogie » a quant à lui été sélectionné dans la Quinzaine des réalisateurs). Autant dire qu'elle avait déjà fait forte impression à l'époque et que cette année elle campe un personnage, peu docile de prime abord, avec beaucoup de nuances et de talent.

On pourra donc seulement regretter les quelques longueurs du film ceci notamment dans la dernière scène. Est-ce le fait qu'elle se trouve à la fin, mais cette scène de chambre d'hôtel parait proprement interminable...

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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