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BLOSSOMING

Un film de Kamila Serwicka

La maison comme réceptacle des dérives patriarcales

Synopsis du film

Après huit ans d’absence, Kamila Serwicka revient avec sa caméra dans la maison familiale pour raconter l’histoire de sa mère, Agnieszka, la cinquantaine, qui n’a jamais quitté son village et a longtemps porté seule le poids d’un mariage violent tout en élevant trois filles. Doucement, les années de silence éclatent…

Critique du film BLOSSOMING

Pour son premier long-métrage, Kamila Serwicka a choisi de plonger dans son histoire familiale, en pointant son objectif sur sa propre mère, sur le silence d'un mariage violent et sur une sororité de femmes qui a grandi dedans. Le film s’inscrit dans une tradition de documentaire intime, celle qui préfère fouiller et analyser les fantômes du passé plutôt que de chercher à en faire une thèse contemporaine. Il y a quelque chose alors d'admirable dans cette décision de donner enfin la parole à une femme qui a passé sa vie derrière le comptoir d'une épicerie de village, invisible aux yeux de tous, sauf des siens.

De ce postulat, la réalisatrice en tire un documentaire puissant sur les tourments subis, à une époque où il paraissait inconcevable de les contester. La caméra va d’ailleurs aussi s’intéresser à d’autres femmes du foyer, de la grand-mère en passant par les sœurs. Cependant, entre la chronique personnelle et le vrai objet cinématographique, il y a un pont que "Blossoming" ne parvient pas toujours à franchir, prenant davantage la forme d’une thérapie filmée qu’un véritable geste artistique pleinement maîtrisé. Cela n’annihile en rien l’émotion qui se dégage de l’ensemble, notamment parce que le sujet ne devient rapidement plus ce qui est montré, mais ce qu’il dit d’une cinéaste dont le besoin de réparation l’a poussée à prendre une caméra pour essayer de comprendre cette omerta douloureuse.

Indéniablement, Kamila Serwicka a su tirer profit de son retour forcé lié au COVID pour autopsier les rapports de force qui dominaient dans cette demeure. Et la Semaine de la Critique de Locarno ne s’est pas trompée en invitant le film dans sa programmation, puisqu’il a remporté depuis son Grand Prix.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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