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BLANC SUR BLANC

Un film de Theo Court

Une sombre et fascinante évocation de la colonisation argentine

Début du XXè siècle. Dans les contrées sauvages de la Terre de feu arrive Pedro, un photographe d’une cinquantaine d’années, sensé réaliser une photographie de la (très) jeune fiancée d’un grand propriétaire, Monsieur Porter, puis de leurs noces. Mais le temps passe et la date des noces n’est toujours pas fixée…

Blanc sur blanc film image

"Blanco en Blanco" suit le quotidien languissant d’un photographe accueilli dans la propriété d’un grand propriétaire (un latifundiste), exploitant avec l’aide de force hommes armés, les quelques indigènes restant, les Indiens Onas, natifs de la Terre de Feu. Posant d’emblée ce personnage en observateur d’un monde en plein devenir, lui-même doté d’un appareil photo sur pied, sa « caméra » à lui, avec laquelle celle de Theo Court entre en résonnance, juqu’à se confondre avec elle sur la fin.

Installant l’homme blanc comme dominateur, à la fois des terres, de la femme, comme des indigènes locaux, tour à tour enfermés, exhibés, pourchassés, le réalisateur place le spectateur en témoin, oppressé par l’ambiance alliant pénombre, crépuscules, usages de torches ou bougies, et forcément bousculé par certains agissements des hommes de garde et l’utilisation faite des indiens. Au delà, Theo Court donne à percevoir l’isolement, le temps qui passe et l’effacement progressif de la bonne volonté de cet homme toujours en retrait. Incapable de sauver la jeune fille, qui le fascine, ou d’interférer avec le traitement réservé aux Indiens (déguisés pour palier au manque d’invités, pourchassés dans la nuit...), il finira d’ailleurs son travail sur une tache plus qu’ambiguë.

Évoquant la disparition de la race autochtone, dépeignant un héroïsme de pacotille, ce premier long métrage s’imprègne d’une inquiétude globale, renforcée par quelques moments d’une violence sauvage et l’utilisation récurrente d’une pénombre où se produisent les pires méfaits. L’enfermement progressif du cadre, alors que l’on cloue des planches sur une fenêtre, l’effacement de l’appareil photo dans la brume, offrent de belles paraboles sur une soumission progressive à ceux qui sont persuadés de « fonder une patrie ». Un film dont la fascinante lenteur n’a d’égale que l’onde de choc.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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