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LES BÊTES DU SUD SAUVAGE

Un film de Benh Zeitlin

Un conte apocalyptique éblouissant

La petite Hushpuppy est attentive aux pulsions de son bayou natal, une petite île au large de la Louisiane colonisée par quelques quidams vivant dans des cahutes de fortunes. Malheureusement l’île est menacée par la fonte des glaciers et l'élèvement du niveau des mers, qui engloutira sans nul doute leur terre bien aimée. En attendant le désastre, son père, Dwight, l’élève seul, à la dure, pour la préparer à cette chienne de vie qui l’attend...

Sensation et Grand Prix au festival de Sundance 2012, maintes fois comparé à «  Tree of life » par la presse américaine, la question était de savoir si tout ce battage était mérité. À la vision des premiers plans posant un décor post-apocalyptique luxuriant et à l’écoute de la voix innocente et vigoureuse de la petite Hushpuppy, collant ses oreilles sur la faune et la flore de son jardin sur le monde, il est impossible de ne pas se laisser happer par l’onirique univers brillamment mis en place par Benh Zeitlin. À travers les yeux de cette petite sauvageonne de six ans, le jeune réalisateur New Yorkais nous emmène aux confins d’un paradis en sursis suite aux excès du monde industrialisé, symbolisé par les affreuses usines à l’horizon et une digue spécialement conçue pour protéger les intérêts pétroliers.

Magnificence de la nature sauvage à peine colonisée par une poignée d’ivrognes aussi déglingués que les baraques qu’ils habitent, ambiance apocalyptique festive, entraide et solidarité dans les coups-durs, apprentissage de la vie à base de gnôle et de gifles dans la gueule, « Beasts of the Southern wild » offre un sublime dépaysement dans une Louisiane oubliée par le reste de la terre. Un pays coupé du monde où les légendes de bêtes préhistoriques les plus chimériques subsistent pour faire émerger la combativité des gosses qui peuplent l’île. La petite Hushpuppy sait ainsi qu’elle est à l’image de ces animaux féroces, qui jadis ont fait face, eux aussi, aux changements climatiques. Elle doit rester forte pour son père, rongé par une maladie qui lui pourrit le sang. Constamment à la recherche de sa mère qui a fuit son foyer il y a longtemps, elle regarde enchantée les femmes qu’elle côtoie comme l’institutrice herboriste lui confiant un remède magique. Féérie, vaudou et chamanisme ne sont jamais très loin dans ce Sud sauvage…

Outre l’impeccable reste du casting, revêtant à la perfection les manières gueuses des habitants de l’île, la petite Quvenzhané Wallis, d’une force de caractère époustouflante et d’un charme fou, offre une magnifique interprétation qui touchera à coup sûr votre âme d’enfant. C’est là toute la magie de ces « Bêtes du Sud sauvage ». Non content de dépeindre un monde adulte au style de vie peu commun et attaché corps et âme à sa terre, Benh Zeitlin a su restituer avec une grâce foudroyante toute la candeur de la petite héroïne sans oublier de la confronter également à la dure réalité. La voir réagir face à la maladie de son père fend le cœur. Onirique et terre à terre, brutal et délicat, « Beast of the Southern Wild » est simplement une irrésistible surcharge d’émotion qui vous cloue au siège jusqu’à la fin du générique.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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