Banniere-Berlinale-2019

BAJIRAO MASTANI

Amour indien vaut mieux que deux tu l’auras ?

Au 18ème siècle, dans l’empire marathe, Bajirao est désigné comme nouveau « peshwa » (une sorte de Premier ministre et chef militaire). Décidé à étendre l’empire à toute l’Inde, il fait un jour la rencontre de Mastani. Impressionné à la fois par sa beauté et par ses qualités de combattante, il en tombe immédiatement amoureux et l’attirance est réciproque. Deux problèmes se posent : Bajiorao a déjà une épouse légitime, Kashibai, et Mastani est à la fois hindoue par son père et musulmane par sa mère…

Bien que Bollywood en fascine plus d’un, le public occidental n’est généralement guère réceptif et ce pour deux raisons principales : d’une part des différences culturelles qui provoquent souvent des difficultés de compréhension, d’autre part un mélange des genres souvent peu digeste, notamment le panachage entre la tragédie et un humour parfois lourdingue. Si on part d’un tel constat, "Bajirao Mastani" a plus de chances de plaire à des spectateurs occidentaux, car aucun repère culturel n’est insurmontable et la tonalité est relativement homogène.

Le film n’échappe ni aux longueurs (surtout pour les passages chorégraphiés, plutôt décevants dans l’ensemble et n’apportant finalement pas grand-chose), ni aux stéréotypes divers (par exemple pour le côté viril un peu neuneu des scènes d’action), ni aux surenchères dans la mise en scène (les abus de ralentis et de mouvements de caméra peuvent filer le tournis !). Mais ces défauts restent acceptables et participent aussi à l’aspect kitsch habituel de Bollywood, qui fait partie du charme de ce cinéma.

Sanjay Leela Bhansali, dont on connaît surtout "Devdas" dans nos contrées européennes, livre une grande fresque romantique basée sur des faits réels (le générique annonce clairement et honnêtement qu’il a pris des libertés avec la vérité historique) qui fait tantôt penser aux péplums américains (y compris dans leurs versions modernes super-vitaminés à la "300"), aux films d’action asiatiques (une scène de rage de Bajirao semble faire écho à des films comme "Hero"), aux grandes tragédies grecques ou aux triangles amoureux de toutes les cinématographies du monde ! On n’est donc pas lâchés en territoire inconnu et illisible, et la débauche de moyens est impressionnante et souvent plaisante, notamment pour les décors, les costumes ou encore l’animation du générique de début.

"Bajirao Mastani" n’est pas seulement un pur divertissement, car il a également pour intérêt d’apparaître comme un pur produit de son temps, car il s’inscrit dans les débats et l’évolution des mœurs qui caractérisent la société indienne contemporaine. Outre la place attribuée à certaines femmes (l’endurante et charismatique Mastani, mais aussi l’autoritaire mère de Bajirao), le film transmet un message de tolérance religieuse. Avec cette réinterprétation libre d’un couple historique légendaire, Sanjay Leela Bhansali en fait un phare pour l’avenir de l’Inde. Et c’est aussi grâce à ce discours universel que son film peut dépasser les frontières.

Raphael JullienEnvoyer un message au rédacteur

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