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BABY FACTORY

Contractions et déchirures

Manille, le jour de Noël, une femme marche péniblement la main sur le ventre. Prête à accoucher, elle se présente à l’accueil de l’hôpital, puis prend sa place dans une longue file d’attente. L’immense salle de travail enchaîne les naissances et, dans les étages, les mères partagent leur lit avec leurs bébés et d’autres mamans. Ainsi commence une journée ordinaire dans la plus grande maternité du monde...

À la manière d’un documentaire, les dix premières minutes de « Baby factory » s’appliquent à décrire l’effervescence d‘une fourmilière où naît chaque jour une centaine de bébés. Sans s’attacher à un personnage en particulier, la caméra recueille les répliques cyniques et pourtant justifiées des obstétriciens. Entre deux brancards, elle enregistre les petits mots du personnel hospitalier pour esquiver les inquiétudes et la souffrance des patientes. Puis, progressivement, les plans prennent de la hauteur pour plonger dans la fiction. La narration se focalise alors sur Sarah, une jeune infirmière, impatiente de fêter Noël avec son amoureux.

Dans son service, les destins se croisent. Adolescentes, femme détenue et mères de famille nombreuse, toutes vivent leur accouchement avec une certaine fatalité. Les problèmes de santé et les soucis d’argent occultent souvent l’heureux événement pour faire du nouveau né un fardeau de plus à gérer. Cependant, au sein de ce petit microcosme surpeuplé, la solidarité est routinière. Efficaces et vigilantes, les infirmières sont constamment sur le qui-vive afin d’éviter les échanges de bébés, les abandons ou pire encore le décès des nourrissons. Un stress quotidien, qu’elles tentent d’oublier en organisant de petites fêtes pour se vider la tête.

Captivant de prime abord, le film s’essouffle peu à peu. L’abondance de personnages disperse le récit en une succession de scènes plutôt inégales. Certaines histoires sont survolées, présentes uniquement pour décrire l’extraordinaire éclectisme du lieu. Ainsi, nous n’en saurons pas plus sur cette détenue qui doit se séparer de son enfant. Paradoxalement, le film s’attarde sur les désillusions amoureuses de Sarah, qui voit son amour s’échapper, tout comme sa coiffe qui, en fin de journée, ne tient plus que par une seule épingle. Cette déception sentimentale semble presque anodine en comparaison de la détresse de certaines de ses patientes. Hormis les maladresses de narration qui desservent la fiction, « Baby factory » dresse néanmoins un portrait attachant de la société philippine, si singulière. Longuement colonisé par les espagnols puis par les États-Unis, le pays foisonne d’origines hétéroclites, à l’image de cette « usine de bébés » qui brasse les destinées entre traditions religieuses et misères sociales.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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