Parce qu'on en a jamais assez !

AUX YEUX DE TOUS-2

Un film de
Avec

CONTRE : Niveau -2 - Dans (une très mauvaise copie de) ses yeux

Il ne servira à rien ici de râler ad vitam aeternam sur la mode des remakes américains de succès étrangers. Plus que la théorie, avant tout dirigée par des impératifs commerciaux plus qu’autre chose, c’est davantage sur la pratique qu’on va se permettre de pousser ici un vrai coup de gueule. Déjà que le fabuleux "Dans ses yeux" de Juan José Campanella (Oscar du meilleur film étranger en 2010, rappelons-le !) avait su conférer de sacrées émotions à tous ceux qui ont eu la chance de le voir à sa sortie, on voyait mal l’intérêt d’un décalque, si ce n’est pour épargner la lecture de sous-titres et la présence d’acteurs étrangers à un public US que les studios imaginent sans doute très bête. Mais que ce remake en arrive à trahir la moelle initiale de son récit au profit d’une sorte de vigilante à deux dollars a de quoi susciter l’indignation.

Les rares changements opérés sur le scénario vont d’ailleurs dans ce sens : la personne violée et tuée n’est plus une femme mariée mais une petite fille, son parent désireux de retrouver l’assassin n’est plus un simple veuf mais une fliquette (jouée par une Julia Roberts littéralement « dévisagée » par les pleurs et les rides), et même la relation amoureuse teintée de mélancolie entre le protagoniste et sa supérieure de l’époque passe ici à la casserole. Tout ce que l’on pourra admirer sera une enquête anonyme, platement filmée et surchargée en pathos, recyclant les scènes du film original sans jamais comprendre leur sens et leur intérêt narratif. Même le moment-phare du film de Campanella, à savoir cet hallucinant plan-séquence sur la filature du suspect dans un stade bondé, est ici dupliqué au travers d’un découpage maladroit qui place les coupes aux instants les moins justifiés – la scène en devient désastreuse. Quant à la fameuse découverte finale, elle trahit le sens originel du final désenchanté de "Dans ses yeux" pour encourager ici un retour naïf et nauséabond à l’auto-justice. Désolé, mais ça, on ne pardonne pas…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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