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L'AUTRE RIVE

Un film de George Ovashvili

Le séparatisme, un strabisme politique ?

Tedo est un adolescent de 12 ans qui vit avec sa mère en banlieue de Tbilissi et travaille comme apprenti dans un garage automobile. Souhaitant éviter à tout prix que sa mère se prostitue, il devient complice d'un jeune délinquant afin de gagner plus d'argent. Mais ce qu'il veut par-dessus tout, c'est regagner « l'autre rive », pour retrouver son père derrière la frontière informelle qui sépare son Abkhazie natale du reste de la Géorgie.

Après plusieurs courts métrages qui lui ont valu de nombreux prix, le Géorgien George Ovashvili, formé à Tbilissi puis à New York, réalise ici son premier long métrage, lui aussi récompensé à de multiples reprises à travers le monde. Le réalisateur s'attaque à l'une des grosses blessures de l'histoire post-soviétique de son pays : le séparatisme de l'Abkhazie, région pro-russe du nord du pays, indépendante de facto malgré la marginale reconnaissance internationale (quatre pays seulement).

Ce séparatisme est vu à travers les yeux d'un enfant affublé d'un important strabisme. Tout un symbole pour ce pays qui ne sait plus trop où regarder, qui cherche désespérément repères et stabilité. Rappelons qu'il y a aussi le même problème dans une autre région du pays, l'Ossétie du Sud, ce qui fait beaucoup pour un si petit État qui essaie de se construire une démocratie depuis à peine 25 ans ! Prendre un enfant pour raconter ces conflits d'adultes est forcément un point de départ intéressant. La stupidité de la situation en devient encore plus flagrante, plus cruelle, quand on voit souffrir ce jeune Géorgien. Et pour ajouter un autre symbole, le personnage se fait passer pour un muet afin de regagner l'Abkhazie dont il ne parle pas la langue. Ou comment traduire le dialogue de sourds entre deux peuples qui ont pourtant vécu côte à côte pendant longtemps...

Au final, ce parcours douloureux a de nombreux atouts filmiques. Mais le scénario se perd un peu dans certaines séquences, pas toujours très crédibles (comme lorsqu'un homme se sacrifie pour le laisser passer la frontière en déclenchant un affrontement avec les soldats abkhazes). Et la fin ouverte est un peu facile et bâclée. Dommage.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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