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AUTOFICTION

Un film de Pedro Almodóvar

Une sorte de fascinant méa-culpa, à la somptueuse direction artistique

Synopsis du film

Raoul, réalisateur, en couple avec Santi, rédige son nouveau scénario, alors qu’il n’a pas tourné depuis longtemps. Son personnage principal est une réalisatrice, Elsa, victime de fortes migraines, en couple avec Bo, un pompier également stripteaser. En panne d’inspiration, elle est en réalité sujette à des crises de panique, phénomène encore assez méconnu en 2004, année où se déroule l’intrigue…

Critique du film AUTOFICTION

L’œuvre de Pedro Almodóvar continue d’exercer une certaine fascination sur ses fidèles spectateurs. D’autant plus lorsque celui-ci met en scène l’un de ses doubles (ici Leonardo Sbaraglia, après Antonio Banderas dans le magnifique "Douleur et Gloire") et de parler finalement de ses propres doutes ou regrets. Avec "Autofiction", titre français finalement particulièrement approprié, en comparaison à "Amarga Navidad" ("Un Noël amer"), titre original expliqué sur le tard, celui-ci joue d’une mise en abîme multiple, puisque sa protagoniste, après avoir séjourné en hôpital dans l’une des chambres où elle avait tourné l’un de ses deux seuls longs métrages (celle où l’une des deux héroïnes survivait, alors que la seconde, dans la chambre à coté, mourait - clin d’œil à son précédent film), se met elle aussi à écrire. En résulte un film d’une étonnante richesse, au montage habile qui nous transporte d’une époque fictive au quotidien d’aujourd’hui du metteur en scène, et incorpore des flash-back avec un naturel déconcertant.

Le long métrage est doté une nouvelle fois d’une direction artistique marquante, mariant les couleurs vives des costumes avec les décors, naturels (un sublime plan zénithal sur une plage de Lanzarote balayée par les vagues où deux serviettes de bain rayées jaune et blanc attirent l’œil) ou intérieurs (un autre plan zénithal sur son héroïne allongée sur un canapé rouge, à coté d’une table transparente aux pieds de structure rouge, le tout tranchant avec un tapis vert). Dans cette ambiance colorée un rien étrange, évolue le personnage principal, campé par l’incroyable Barbara Lennie ("Los Tigres", "La Niña de Fuego"...), miroir d’un réalisateur qui n’hésite pas à piocher ses influences jusque dans son entourage direct. Et peu à peu apparaît ici le véritable sujet du film, l’emprunt de la fiction à la réalité, faisant doucement glisser l’intrigue de l’histoire d’Elsa vers celle de Raoul et de ceux qui comptent autour de lui.

Si certains seront peut-être frustrés par le dénouement, c'est cependant sans doute là qu’il faut voir le sens du métrage et le côté une nouvelle fois autobiographique. Par une série de maladresses cumulée à des reproches, "Autofiction" se mue soudain en une sorte de mea-culpa d’Almodovar envers ceux qu’il a pu incorporer dans ses films, sous une forme ou une autre, sans pour autant rendre suffisamment hommage à leur importance dans sa vie, et donc à leur grandeur. Parvenir ainsi à poser sur pellicule les multiples couches de frustrations d’un auteur était en soi une gageure, et force est de constater que Pedro Almodóvar a pleinement réussi son risqué pari, en nous intéressant à son intrigue à triple dimension, tout en dégageant ponctuellement quelques pointes d’émotion. Le maître a encore frappé.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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