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AUCUN AUTRE CHOIX

Un film de Park Chan-wook

Un jeu de massacre aussi cynique que jubilatoire

Synopsis du film

You Man-su travaille comme cadre dans une usine de papier coréenne. Il a réussi sur tous les plans, est marié avec une femme qu’il aime, a deux enfants, un garçon ado et une fille, et deux énormes chiens. Comme il le dit lui-même : il a tout. Mais lorsque l’usine est rachetée par les Américains, une coupe de 20 % a lieu dans les effectifs. Licencié, il fait partie d’un groupe de soutien, censé l’aider à accepter la situation et à retrouver du travail. Mais 13 mois plus tard, il se fait à nouveau virer d’un emploi de manutentionnaire. Acculé, sur le point de perdre la maison, qui est celle de son enfance, il promet à sa fille qu’ils ne partiront pas. Et pour cela, il n’a pas le choix, il doit éliminer ses concurrents dans le domaine du papier. Il prétend alors vouloir monter sa propre boite et devoir sélectionner les 3 meilleurs candidats…

Critique du film AUCUN AUTRE CHOIX

"Aucun autre choix" est une nouvelle adaptation du roman "Le Couperet" ("The Ax") de Donald Westlake, dont Costa Gavras avait déjà tiré en 2015 un film éponyme avec José Garcia dans le rôle principal. Forcément, sous la direction de Park Chan-wook ("Old Boy", "Decision to Leave") la mise en scène se fait explosive et les manières de se débarrasser des opposants deviennent un régal de conséquences en cascades et d’inventivité. Celui-ci amplifie du coup la résonance de cette histoire d’un ingénieur spécialisé dans le production du papier, en modernisant sur le fond, le discours acerbe sur le monde du travail, qui r l’automatisation et l’arrivée de l’IA. Il transforme ici au passage la détresse de son personnage principal en autre chose, au-delà du plan plus ou moins amateur qui consistait à éliminer la concurrence (ses trois concurrents principaux, et celui qu’il rêverait de remplacer), au sens figuré… comme au sens propre.

L’enchaînement de péripéties, souvent d’apparences absurdes, du fait de l’amateurisme du personnage, comme de sa capacité à mobiliser son imagination au service de son projet, amplifie l’aspect cynique de certaines situations. Sur un rythme en dents de scie, le scénario joue sur les coïncidences, l’implication surprise de personnages annexes, complexifiant ainsi la tache de l’anti-héros. Les scènes d’actions, quant à elles, regorgent, comme toujours chez Park Chan-wook, de cadrages étranges, d‘enchaînements qui créent l’étonnement, mais aussi d’un humour franchement noir. La mise à mort du premier concurrent est ainsi un modèle de suspense, You Man-su (excellent Lee Byung-Hun, qui était déjà dans "Joint Security Area" et "Trois : extrêmes") devant retourner plusieurs fois autour de sa maison pour parvenir à ses fins.

Les parallèles autour du jardin sont également un délice de hasards entremêlés, quant à la séquence où le personnage utilise la musique pour cacher un futur coup de feu (tiré depuis divers gants enfilés en poupées gigognes), elle se transforme en une incroyable chorégraphie impliquant aussi la femme de la victime. Jubilatoire et doté d’un réel suspense, "Aucun autre choix" est une œuvre cynique en diable, à l’image, finalement, du système capitaliste qu’il dénonce, ceci jusque dans une dernière scène plutôt bien vue.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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