AU PAYS DU SANG ET DU MIEL

Roméo et Juliette sous les bombes

1992, Bosnie-Herzégovine. Avant le début de la guerre, Daniel et Ajla entamaient une idylle, se moquant du groupe ethnique auquel chacun appartenait (lui est serbe, elle musulmane). Le début du conflit et l’enrôlement de Daniel dans l’armée va mettre à l’épreuve leur potentiel couple face à l’obligation de se battre pour son régime ou sa survie…

Rares sont les films de fiction qui ont parlé du conflit ethnique en Bosnie Herzégovine, hormis de nombreux documentaires. Il y a eu notamment "How the War Started on My Island", du réalisateur croate Vinko Bresan, "No Man's Land" de Danis Tanovic, ou "Ordinary people" de Vladimir Perisic. C’est principalement parce qu’elle a été touchée par l’ingérence internationale face à ce désastre humanitaire, qu’Angelina Jolie, pour son premier film de réalisatrice, a voulu mettre en lumière ce conflit trop longtemps ignoré. Un film revendicateur pour ne pas oublier ce qui s’est passé en Europe il a eu tout juste 20 ans…

Pour illustrer son propos, Angelina Jolie a choisi de montrer l’absurdité d’une situation politique à travers l’histoire d’un couple dont l’avenir a été rapidement avorté. Oscillant entre la passion qui les dévore et le sens du devoir, l’incompréhension et le désarroi finissent par dominer toute raison. Malgré cette trame principale de l’amour impossible entre deux ennemis jurés (qui n’est pas sans rappeler Roméo et Juliette), on sent que la réalisatrice a surtout voulu dénoncer parmi les atrocités de la guerre, les violences faites aux femmes : humiliation, viol, torture… ces traumatismes émotionnels, physiques et moraux qui détruisent à petit feu.

Côté casting, elle a travaillé avec des acteurs bosniaques et serbes. Ce qui pourrait être pris pour une tentative de crédibiliser sa démarche, s’avère être un choix judicieux, amenant une certaine authenticité à son histoire (pour l’anecdote, le film a été tourné en serbe et en anglais afin de toucher l’audience la plus large possible.). Même s’il est difficile de se détacher de l’image de l’Angelina Jolie, qui dans ses films joue les dures à cuire, qui castagne des méchants ("Tomb Raider", "Wanted", "Mr. et Mrs. Smith", "Salt"), comme de l’image de « Mère Teresa » - ambassadrice des bonnes causes et mère d’une famille de 6 enfants – et malgré les défauts qu’on pourrait trouver à ce premier film, il n’en reste pas moins un film courageux.

Véronique LopesEnvoyer un message au rédacteur

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