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ATLANTIDE

Un film de Yuri Ancarani

De belles images derrière le néant scénaristique

Dans la lagune de Venise, de jeunes gens font la course avec des bateaux à moteur (le « barchino »), atteignant presque les 90 km/h dans des secteurs pourtant limités à 7 km/h. Daniele, qui habite l’île de Sant’Erasmo, fait partie de ceux-ci, dealant à ses heures, et flirtant avec une copine admirative de la mécanique…

Atlantide film movie

"Atlantide" semble être un de ces films qui tentent de capter l’ennui et les errances de la jeunesse. Avec son personnage principal, prénommé Daniele, qui tente de passer pour un gars qui recherche un peu plus que la gloire éphémère ou la vitesse (histoire de monter dans l’estime de celle qu’il draguouille l’air de rien). Entre tuning de bateaux à moteurs, vol d’hélice plus performante et trafic de drogue, il pourrait quelque peu donner le change. Pourtant ce personnage, comme les rares autres qui traversent ce film sans fond, n’a aucun contexte ni aucune consistance. Et c’est bien là où réside le principal problème du film : vouloir faire de belles images avec du vide.

Le début était pourtant prometteur, filmant l’oisiveté estivale, sous un soleil de plomb, berçant une lagune vénitienne qui semble engourdie, à l’image des douaniers qui traquent les trafiquants surgis soudainement mais incapables de rattraper ceux qu’ils poursuivent. Le film de Yuri Ancarani était censé, à la manière d'un quasi-documentaire, être issu de quatre ans d'observation de ces jeunes gens perdus dans une lagune qui les isole. Les images étaient belles, les cadrages et les prises de vues de drones aussi. Malheureusement le réalisateur se regarde par la suite filmer, privilégiant la forme (musique techno ou dance, images léchées, effets de couleurs…) pour représenter ce petit monde sur lequel il ne pause finalement aucun point de vue.

S’enchaînent ainsi, dans un vide abyssal, les plans esthétisants, de la baise sur l'avant d’un bateau, aux feux d’artifices (transformés en champignons atomiques par un jeu de reflets…) en passant par des orages et le phénomène d’aqua alta (suggérant certes la fameuse Atlantide, qui sombre, ou se vide de sa jeunesse), jusqu’au final où l’image, inclinée à 90 degrés forme avec le reflet dans l’eau, comme une série de portails vers une autre dimension. Un choix onirique que le réalisateur aurait pu faire dès le départ, face à celui d’une pseudo analyse superficielle d’un microcosme qui méritait sans doute un regard et un scénario, ici absents.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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