ARCOBALENO
Un touchant portrait de famille et d'un lieu de vie
Synopsis du film
Au sud de Rome, l’Arcobaleno est un dancing à l’ancienne, avec son bar, ses tables de restaurant, sa piste de danse et ses prix toujours bas. Erminio s’occupe de l’animation, chante, son frère Maurizio s’occupe de la caisse et des comptes, et leur mère Iolanda fait de la représentation, assise à sa propre table, telle la reine des lieux. Mais malgré les fidèles clients, pour beaucoup des personnes âgées, les problèmes financiers s’accumulent et la survie de l’établissement est en jeu…
Critique du film ARCOBALENO
C’est avec une sensation de désuétude que l’on découvre ces deux frères, aux portes du troisième âge, qui tiennent à bout de bras un dancing italien à l’ancienne. Installé dans un bâtiment à côté de la maison de famille et de son hangar, l’Arcobaleno est de ces endroits où s’allient restaurant abordable et piste de danse où l’on s’adonne à des chorégraphies collectives du genre Madison, sur des airs plus vraiment à la mode. Avec ses fidèles, forcément âgés, et un état d’esprit tourné vers l'accessibilité à tous qui empêche tout bénéficie, les deux frères semblent ici englués dans une situation financière inextricable, Erminio, pendu au téléphone, tentant d’obtenir un impossible prêt.
Avec douceur et bienveillance, Pablo, le petit fils de Iolanda, filme Erminio dans son enthousiasme à faire bouger les foules, mais aussi dans ses moments de solitude dans son bureau, allant jusqu’à exprimer sur la fin ce qu’on avait compris dès le début : ce lieu est « toute sa vie ». Il s’attarde aussi sur Maurizio, se situant lui dans un certain amour-désamour vis-à-vis du lieu, partagé entre ses activités de mécanique ou de peinture (voitures, bateaux…) et ce qui lui semble à demi-mot être une sorte de prison. Quant avec sa grand mère Iolanda, c’est dans la complicité de leurs échanges que se dessine le caractère de cette « mama » italienne, autoritaire et accueillante, consciente de sa propre position et dotée d'un humour féroce.
Mais le temps va faire bouger les choses, amenant la petite fille à s’impliquer un peu malgré elle, afin de trouver des solutions tournées vers l’avenir et en l’occurrence ses enfants, puis globalement des enfants. Et c’est là ce qui intéresse au final Pablo Cirès, filmer une évolution inéluctable qui est de l’ordre de la survie, et qui si elle touche, ne change pas fondamentalement le rôle de chacun. Avec l'agrandissement progressif de la piscine démontable extérieure, l'aspiration à une forme de repos pour Erminio s'exprime cependant aussi. Émouvant par moments, "Arcobaleno" dissèque gentiment son trio de personnages, les rendant humains et attachants, agrémentant ce portrait multiple de passages amusants avec la cuisinière qui prend sa pause clope, et rendant finalement hommage à ce lieu qui semble un peu hors du temps.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
