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ARCHIVE

Un film de Gavin Rothery

La famille 2.0

Archive est une nouvelle technologie qui permet à celles et ceux qui viennent de mourir de pouvoir dire au revoir à leurs proches. Ils sont conservés dans une sorte de serveur qui a une durée de vie limitée. Celui de la femme de George Almore, un ingénieur en robotique, est sur le point de s’éteindre, mais il a réussi à en extraire l’esprit de sa femme et il espère parvenir à créer un modèle de robot capable de l’accueillir…

Archive film movie

"Archive" est un film qui oscille entre la série B, avec des maquillages et des effets spéciaux parfois limites, et un film de proche science-fiction assez réussi. C'est un film qui a le mérite d'aller jusqu'au bout de son concept : un homme seul, miné par la mort de sa femme, va tout faire pour la ramener à la vie. Pas très novateur comme intrigue, mais très efficace. C'est sur ce canevas que Gavin Rothery construit son intrigue et utilise intelligemment la science-fiction pour développer le thème véritable du film : les rapports familiaux.

En effet, les prototypes que construit George Almore, dont la pensée est issue de la modélisation qu'il arrive à faire de celle de sa femme, emprisonnée dans l'Archive, ne sont pas tous au même stade de développement. J1, qui ne peut communiquer que par des bruits et qui ne sait se déplacer que de façon pataude, a l'esprit d'un enfant de cinq ans, alors que J2, capable de parler, de faire des taches, d'avoir des petites responsabilités, d'aider George dans son travail, a l'esprit d'une adolescente. Une adolescente qui va se sentir délaissée par son père qu'elle aime quand il se met à travailler sur J3, un modèle qu'elle voit comme supérieur à elle.

Touchante, cette histoire met en scène l'aveuglement d'un père qui ne se rend même pas compte qu'il en est un. Sans jamais être très novateur, ce film, qui tire sa forme de nombreux classiques de la SF (on pense forcément à "Ex Machina"), est tout de même une jolie réussite qui parvient, jusqu'au dernier instant, à rester pertinente. Présenté à Sitges en octobre dernier, ce premier film réalisé par celui qui fut designer et conseillé artistique du film "Moon" de Duncan Jones, devrait faire les beaux jours du Festival de Gérardmer 2021, où il figure hors compétition.

On pourra également noter le soin qui est pris dans la mise en scène de la nature. Une nature froide et enneigée, faite de bois noir, de sol blanc, et d'eau grise. Une palette de couleurs normalement associée avec le monde technologique et la froideur de l'industrie. Ici, ces paysages viennent ancrer la narration dans un milieu et matérialisent l'isolement des protagonistes. Un isolement qui va être l'un des moteurs de l'action. Quand on vit en autarcie, on est isolé, et quand nos proches se détournent de nous, il n'y a personne vers qui se tourner. La solitude devient encore plus grande, et elle pousse forcément à certains extrêmes.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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