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L'APPRENTI

Un film de
Avec Paul Barbier...

Apprenti fermier

Dans le Haut Jura, Mathieu, 15 ans, partage sa vie entre le lycée agricole et la ferme de Paul Barbier où il est en apprentissage. Fils unique vivant seul avec sa mère, le jeune homme au père absent trouve en la personne de Paul un instructeur et un confident...

Mathieu n’est déjà plus un adolescent, il boit des bières avec ses copains, parle des filles tel un homme mûr aux multiples conquêtes. Pourtant du haut de ses grandes jambes fines, il a encore un physique de petit garçon et quand il rentre chez lui le weekend, il passe son après midi à jouer avec les tracteurs miniatures de son enfance.

En dépit des inquiétudes de sa mère qui voudrait le voir suivre la filière générale, Mathieu a choisi la terre. Il est élève au lycée agricole et devient apprenti chez Paul Barbier, éleveur laitier bio du Haut-Jura. L’accueil est sobre. Mathieu est un gentil garçon, poli, mais légèrement laxiste. En bon instructeur, le couple de fermier le rappelle simplement à l’ordre. Les débuts, sans être conflictuels, sont un échange de contradictions. Mathieu s’étonne de ne pas avoir grand chose à faire et reproche à Paul de ne pas vouloir être plus rentable. Au fil des mois, une complicité discrète va s’instaurer entre les deux hommes. Comme de grands gamins, ils fabriquent une luge pour dévaler joyeusement les pentes enneigées, pour plus tard se confier tour à tour leur peines réciproques.

“L’apprenti” est ce qu’on appelle un docu-fiction : le scénario semble avoir été écrit, aucun des acteurs ne regarde la caméra, et celle-ci est toujours placée de façon à nous offrir un cadre impeccable. Pourtant les acteurs jouent leur propre rôle, et les larmes de Mathieu sont bien réelles lorsqu’il parle du divorce de ses parents. Quand le jeune apprenti va voir son père, cette ambiguïté entre documentaire et fiction se révèle quelque peu dérangeante, celui que toute la famille incrimine est là, bien réel, gêné, maladroit. Cette scène provoque une sensation amère, comme si pendant quelques minutes, la télé-réalité s’était invitée au cinéma.

Une fois ce malaise écarté, “l’Apprenti” n’est pas un film dépourvu d’intérêt. Samuel Collardey arrive subtilement à nous emmener d’une simple description du travail d’apprenti à un portrait soigné de Mathieu. Par petites touches, il évoque toutes les questions qu’un adolescent peut se poser sur son avenir, sa proche indépendance, ses amours. Pour mieux ponctuer son film, le réalisateur prend comme fil conducteur, l’attachement progressif qui lie Mathieu à Paul, son maître d’apprentissage. L’instructeur bienveillant se transformant petit à petit en ce père qui lui fait tant défaut.

En dépit d’avoir choisi le parti pris du docu-fiction, Samuel Collardey démontre dès son premier film un certain talent pour la réalisation. Il ne tient qu’à lui de transformer l’essai.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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