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APOLLO 18

Houston, on a un très mauvais film

Apollo 17, en 1972, la dernière mission officielle de la NASA vers notre satellite, a été soi-disant suivie par un ultime voyage humain vers la lune, resté secret durant des décennies. Les bandes vidéo de cette épopée ont été retrouvées et elles révèlent que, dans l’espace, décidément, personne ne vous entend crier…

Si l’on met de côté la masse imposante des absurdités du nouveau long-métrage du cinéaste espagnol Gonzalo Lopez-Gallego (réalisateur des « Proies »), aussi nombreuses qu’il y a de cratères sur la lune, il est au moins possible d’éprouver un minimum d’intérêt pour le sujet, plutôt intrigant. Envoyer des cosmonautes se confronter à une forme de vie extraterrestre située à seulement quelques jours de voyage cosmique de la Terre, c’est plutôt une bonne idée; transformer un film pseudo-scientifique en trip horrifique, c’en est une aussi. Mais il suffit de trente secondes – allez, disons une minute – pour se rendre compte que cette balade bucolique dans les étoiles risque de se métamorphoser en calvaire pour les pauvres spectateurs, tout autant coincés dans la salle obscure que les cosmonautes dans leur minuscule module de commandes. Au bout de ces dizaines de secondes, on a compris que le choix esthétique, d’une laideur rarement vue pour un film sorti au XXIe siècle, rendra le visionnage insupportable au possible.

Pour synthétiser, « Apollo 18 », ce sont plusieurs caméras de médiocre qualité (reproduction des années soixante-dix oblige) qui bougent sans arrêt. C’est une absence complète de mise en scène : le choix du style caméra à l’épaule, engoncé dans des espaces extrêmement exigus, a sans doute permis au réalisateur d’aller boire des cafés plutôt que de traîner sur le plateau (d’autant plus qu’il n’avait quasiment pas de compatriote espagnol pour tailler la bavette). C’est une histoire bidon qui semble, au bout de dix minutes, aller dans le mur. Ce sont de rares bonnes idées de mise en scène qui ne sont pas exploitées ou pêchent par illogisme (personne n’a donc conseillé aux cosmonautes d’emporter des lampes-torches dans leur voyage ?). Ce sont des personnages difficiles à aimer tant ils semblent stupides, notamment lorsqu’ils découvrent l’objet réel de leur mission (ah tiens, vous trouviez donc normal d’aller installer des caméras à détecteurs de mouvements sur notre satellite ?).

Et puis, après quatre-vingt-cinq minutes de film, après avoir pesté contre la bêtise de la projection, on en vient à penser à ce qu’aurait pu être « Apollo 18 », avec un scénario, un vrai, et une mise en scène, une vraie. En l’état, on se dit surtout que la face cachée de la lune aurait mieux fait de rester… cachée.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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