ANEMONE
Les retrouvailles d’un père avec son fils et d’une icône avec son public
Synopsis du film
Il y’a plus de dix ans, Ray a quitté femme et enfant pour vivre reclus dans la forêt et cacher un lourd secret concernant son expérience de soldat dans la guerre contre l’IRA. Son frère Jem l’a remplacé dans la cellule familiale. Mais son fils Brian connaît un mal être grandissant vis-à-vis de ce père sur qui courent les bruits les plus sombres. Jem est bien décidé à ramener son frère à la maison et à éclaircir le mystère de son trouble passé…
Critique du film ANEMONE
Le retour devant la caméra d’un des plus grands acteurs encore vivant sera indéniablement l’évènement majeur qui accompagnera la sortie de "Anemone". Sa dernière apparition sur grand écran était il y a pas moins de huit ans, dans l’excellentissime "Phantom thread", qui lui valut une énième nomination aux Oscar. Il faut remarquer que Daniel Day-Lewis (pour enfin le nommer) est coutumier du fait. Martin Scorsese l’avait déjà tiré de sa retraite pour tenir le rôle de William Cutting dans "Gangs of New York". Depuis, on la vu apparaître de loin en loin sous la direction de rien de moins que Steven Spielberg ("Lincoln") ou Paul Thomas Anderson ("There will be blood"). Encore une fois, ce n’est pas pour n’importe qui qu’il accepte de renfiler les gants, puisque le jeune cinéaste qui signe ici son premier film n’est rien d’autre que son propre fils.
Le thème de l’absence du père développé dans ce métrage prend alors une résonance particulière, sans qu’il soit certain qu’il faille surinterpréter cet aspect de l’histoire. Mais il est symptomatique du reste du film, qui se plaît à brouiller les pistes, notamment par une distribution de l’information parcimonieuse et parfois tardive. Pendant longtemps le spectateur ignore ce qui amène Jem dans cette cabane perdue au fond des bois, pour y retrouver Ray, dont les intentions sont tout aussi hermétiques. Les premières images de Ray (et donc les premières de Daniel Day-Lewis au cinéma depuis huit ans) nous le montrent suivant un rythme de vie spartiate fait d’entraînement physique et de repas frugal, comme se préparant à une mission, ce qui ouvre la voie à diverses hypothèses, qui se révéleront fantaisistes. Un mystère longtemps entretenu, qui pourrait avoir raison des spectateurs les moins patients.
Les partis pris esthétiques radicaux du jeune cinéaste suffisent un temps à capter l’attention du spectateur. Chaque plan fait l’objet d’un soin particulier et démontre l’habilité du jeune metteur en scène dont ce n’est que le premier long-métrage. Tout concourt à souligner l’état d’âme de Ray, de la photo terne qui prend quelques couleurs dans le dernier tiers du film, jusqu’à l’utilisation de la bande son où l’on retrouve les ballades mélancoliques « On the beach » de Neil Young ou le bien nommé « Solitude » de Black Sabbath. Mais cette véritable claque esthétique ne peut nous faire oublier quelques maladresses scénaristiques. Cependant nous n’allons pas bouder notre plaisir face aux retrouvailles avec un acteur que tout le monde admire et qui livre une performance à la hauteur de son talent, ce qui devrait largement suffire à faire se déplacer le public en salle.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur
