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LES ANARCHISTES

Un film de Elie Wajeman

La bande à bobos

Fin du XIXe siècle, à Paris, Jean est un policier orphelin recruté pour infiltrer une bande d’anarchistes. Il se fait donc embaucher dans une usine où la plupart d’entre eux travaillent, et se rapproche petit à petit de l’un de ses membres pour gagner leur confiance…

Dans "Les Anarchistes", Elie Wajman revient, trois ans après son joli premier film "Alyah", avec un nouveau personnage en plein questionnement sur sa vie et qui va côtoyer le danger pour trouver des réponses à ses questions. Après Pio Marmaï, c’est au tour du charismatique Tahar Rahim ("Un prophète") de passer entre les mains du jeune cinéaste français. Ce dernier choisit le film d’époque, débute par un genre cinématographique très codifié – le film d’infiltration – et enchaîne sur le thriller romantique et le film de bandes. Un mélange de genres qui, étonnamment, s’enchaînent et s’entremêlent fort bien entre eux, certainement parce que le matériau scénaristique est fluide de bout en bout, bien qu’on puisse lui reprocher trop de classicisme et de sagesse, défauts qu’on avait déjà pu relever pour son premier long métrage.

Finalement, l’anarchisme n’est qu’une toile de fond pour Wajeman. Il s’intéresse certes à une petite branche de libertaires révolutionnaires connectés avec d’autres groupuscules européens en lutte contre l’autorité et les lois. Mais il n’en fait pas son sujet central et ne dépeint nullement avec un souci encyclopédique les différentes formes d’anarchisme de l’époque. À peine se soucie-t-il de montrer la divergence avec les luttes ouvrières et de souligner la multiplicité des courants en constituant une bande où se côtoient diverses sensibilités anar – les « interviews » en sont notamment d’excellentes démonstrations. Ce qui anime avant tout Wajeman c’est le rapport entre les êtres, les manipulations, les dualités intérieures, les faux-semblants, la limite des idéaux et des rêves. De toute façon, la production n’a visiblement pas eu les moyens pyrotechniques pour l’action pure et dure avec complots en tous genres et attentats à la dynamite contre la République.

Aussi, avec sa fidèle coscénariste Gaëlle Macé, Elie Wajeman colle à sa joyeuse bande d’utopistes, des ouvriers dandys vivant comme des bobos dans des appartements chics de Paris. Le duo Tahar Rahim/Adèle Exarchopoulos fonctionne parfaitement bien. Louons d’ailleurs le talent de l’ensemble du casting à qui une belle équité est offerte, permettant aux comédiens de leur donner une densité appréciable (citons le régulier Gouix, les révélations Arlaud et Leklou). Et puis Wajeman déploie progressivement son piège façonné par la trahison, seul ressort dramatique d’importance dans une trame narrative défendable mais bien trop convenue pour accrocher le spectateur et placer le film dans ceux que nous retiendrons à la fin de l’année. Une déception donc pour ce retour attendu d’un jeune réalisateur prometteur.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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