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AMERICAN FACTORY

Avec

La mondialisation entre espoirs et désillusions

En 2014, le milliardaire chinois Cao Dewang rachète une ancienne usine de General Motors (GM) dans l’Ohio pour ouvrir une filiale de sa société Fuyao, qui fabrique des vitres pour le secteur automobile. Pour les anciens employés de GM, c’est un espoir, mais il va falloir composer avec les différences culturelles, avec l’arrivée de dizaines de Chinois pour les encadrer, les former ou travailler à leurs côtés…

Sortie le 21 août 2019 sur Netflix

Dès le début, les plans magnifient les ouvriers et les machines, indiquant une volonté de défendre la dignité des travailleurs, au moment où ceux-ci semblent retrouver espoir quand un industriel chinois implante une nouvelle activité dans une usine de l’Ohio que General Motors a fermée six ans auparavant. Steven Bognar et Julia Reichert accompagnent ainsi cette nouvelle aventure industrielle qui apparaît comme une immense opportunité pour les habitants des environs de Dayton, au sein de cette fameuse « Rust Belt » dont le déclin paraît inexorable depuis les années 1970.

Dans "American Factory", on est bien loin du style de Michael Moore dans "Roger et moi" (1989), qui évoquait aussi la détérioration des activités de General Motors dans cette partie des États-Unis. Ici, les deux cinéastes s’effacent au profit d’un regard plus doux et moins jugeant, dévoilant avec subtilité les enjeux et les conflits qui agitent cette usine, entre renaissance et régression.

Produit par la société de Michelle et Barack Obama (Higher Ground Productions), "American Factory" s’avère avant tout intéressant dans sa manière d’aborder le choc des cultures, montrant les difficultés de compréhension linguistique et culturelle entre Américains et Chinois. De part et d’autre, on alterne entre la surprise et la sidération, on passe de l’admiration à l’arrogance. Durant la première demi-heure, on sent que la coexistence entre employés américains et chinois peut être positive, avec une volonté de se connaître, de partager, de réussir ensemble... On regrettera tout de même que le film ne s’attarde pas plus sur la façon dont certains employés chinois s’ouvrent à la culture occidentale et à la liberté.

Puis la collaboration semble rapidement impossible, tant le décalage des mœurs est immense. Les attentes des dirigeants chinois s’avèrent incompatibles avec certaines règles, normes et mentalités américaines qu’ils se montrent incapables de comprendre ou d’accepter – à commencer par l’hypothèse de création d’un syndicat, vécue comme un affront inimaginable pour un patron biberonné à l’idéologie communiste chinoise !

Les scènes filmées en Chine, lors d’une période de formation de quelques employés américains, accentuent ce gouffre. Là-bas, la culture d’entreprise prend un tout autre sens : les employés sont disciplinés, dociles, dévoués. Leur vie se résume au travail et rien d’autre, les congés étant extrêmement limités et la sécurité étant loin d’être une priorité ! La fête organisée par Fuyao ressemble à une kermesse à la fois grandiose et naïve où les travailleurs font penser à des enfants obéissants et reconnaissants qui appliquent bêtement ce qu’on attend d’eux. Surtout ne pas sortir du cadre, surtout ne rien exiger, surtout ne pas espérer ! Plus tard, le milliardaire, Cao Dewang, affirme : « Le travail donne tout son intérêt à la vie ». Tout un programme ! Étrangement, ce même homme se laisse aussi aller à des réflexions plus inattendues qui feraient presque croire qu’il a des états d’âme vis-à-vis de ses salariés : « Ai-je tué le calme et détruit l’environnement ? »

Mais la confiance des débuts s’est bel et bien évaporé de façon progressive et le documentaire accompagne cette désillusion, présentant les risques de régression sociale que peut engendrer l’influence grandissante de la Chine dans le cadre de la mondialisation actuelle, d’autant que l’accélération de l’automatisation, brièvement abordée en conclusion, ne fait qu’aggraver le déclassement d’un nombre grandissant de travailleurs un peu partout dans le monde. Il est où, l’espoir ?

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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