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AMBULANCE

Un film de Michael Bay

Drone Party

Will Sharp est un ancien soldat qui a besoin d’une somme très élevée pour les soins médicaux de sa femme cancéreuse. Son frère criminel, Danny, lui propose de participer au braquage d’une banque fédérale qui pourrait leur rapporter plusieurs millions de dollars. Mais rien ne se passe comme prévu : non seulement les deux frères tirent sur un policier, mais ils volent surtout une ambulance avec à son bord une jeune infirmière et… le policier qu’ils ont blessé ! C’est le début d’une folle poursuite à travers tout Los Angeles…

Ambulance film movie

A la simple lecture du titre, on sourit. En effet, on se demande bien où elle était passée, celle-là, depuis le temps. Quatre décennies que Michael Bay impose son génie insurpassable d’artificier bourrin et dégénéré sur la surface variable du blockbuster US, et avec autant de dégâts et de cadavres au compteur, comment se fait-il qu’il n’ait jamais mis une foutue ambulance à l’écran ?!? La voilà donc devenue l’agitateur central de ce faux huis clos survolté à travers un Los Angeles transformé en poudrière géante. Depuis déjà quelques films (hormis ceux qui mettent en scène des robots géants), la signature Bay s’est considérablement précisée, forte d’un point de vue de mise en scène qui visait bien au-delà du simple bourrinage sous taurine ou de la vanne maxi-beauf débitée au kilomètre. Depuis "13 Hours" et surtout "No Pain No Gain", on sait que Bay aime à jouer les entristes sous la façade du beauf cynique, use de son sens du spectacle pour faire vriller aussi bien les lois de la physique que les récepteurs sensoriels de son public, et canalise un regard vénère sur le fameux « rêve américain » dont il s’amuse à dynamiter la fausseté par sa propension à l’anarchie tous azimuts – les explosions servent aussi à ça. La différence se fait d’ailleurs sentir dès lors que le bonhomme triture sa science dans un cadre assez restreint – surtout sur le plan financier – qui lui permet de créer de l’inédit par un vrai effort technique et narratif. Et là, avec une enveloppe budgétaire équivalente au budget caravanes de n’importe quel "Transformers", "Ambulance" enfonce le clou.

Passé un premier quart d’heure qui présente les personnages et les enjeux de façon claire et précise (mais aussi avec un découpage assez basique), Bay lâche enfin les chiens. Détail amusant, d’ailleurs : c’est au travers d’une auto-citation teintée d’autocritique que le chaos s’active, l’immaturité de deux jeunes policiers désireux de singer les héros de "Bad Boys" étant ici le pépin qui fait dérailler le braquage de banque. Une fois les deux héros embarqués dans une ambulance venue récupérer et soigner le policier blessé, le high-concept mixant prise d’otage et course-poursuite à travers la ville carbure à plein régime sans jamais offrir ne serait-ce qu’une ébauche de pause ou de stase. Le cinéaste élabore alors une montée en exponentielle qui n’a rien d’une vue de l’esprit (chaque scène est toujours plus folle et stressante que la précédente) et prouve surtout que techniquement, il n’a de leçons à recevoir de personne. Conjuguant la captation de l’action façon Tony Scott à une maîtrise estomaquante du filmage en drone (bonjour les méga-loopings qui défient la gravité !), la cinégénie à la sauce Bay a pour elle une unité variable de lieu et de temps qu’il s’agit de faire vriller à 360°, histoire que la caméra acquiert une aura de force omnisciente – celle-là même qui s’abat sur les protagonistes. Le chaos n’est pas juste filmé et capté, il se doit d’être apprivoisé par une caméra subjective et immersive qui se faufile en son sein, et ce à des fins d’amplification sensorielle.

Ce tennis permanent entre deux décors, l’un trop vaste (un L.A. qui a rarement été topographié de la sorte) et l’autre trop étroit (une ambulance où le sang coule autant que les gouttes de sueur), porte à lui seul l’énergie interne inouïe du projet. Il faut voir surtout à quel point Bay, lorsqu’il met en scène des pics de tension censés augmenter le rythme cardiaque du récit, ose ce qu’un cinéaste hollywoodien lambda n’aurait jamais eu les cojones d’oser, comme de mettre en scène une chirurgie improvisée par conf call en pleine poursuite (attention c’est gore !) ou de laisser l’ambiguïté de ses personnages annihiler la dichotomie gentil/méchant à laquelle on devrait s’attendre. Il n’y a, pour ainsi dire, aucun manichéisme à l’œuvre dans "Ambulance", juste des caractères soumis au chaos et au stress qui se démènent tant bien que mal avec ces petits espaces de survie que leur laisse le destin, et ce tandis que la caméra cherche à investir des espaces aériens a priori inaccessibles au cœur du chaos afin de traverser et de transcender ce dernier. Si l’on voulait encore questionner la parfaite cohérence du style Bay avec les enjeux du récit, toute résistance devient alors inutile. Et le casting lui emboîte le pas, en particulier une Elza Gonzalez habitée, à mille lieux d’un succédané de Megan Fox, qui perce la carapace crypto-beauf du cinéma de Bay pour porter une rage et une humanité pour le coup inédites dans son cinéma. A côté d’elle, même l’instabilité assumée de Jake Gyllenhaal frise le surrégime.

Bien sûr, Bay reste Bay, et sa propension au fun crâneur se fait ressentir ici et là. Entre la présence d’un gros chien nommé Nitro (!), une auto-citation crétine de "Rock", des considérations stupides sur le vin rosé et quelques taquineries bien senties qui tancent à loisir le wokisme ambiant, le cinéaste reste un sale gosse indécrottable qui assume fièrement ses mauvais écarts. De même que sa glorification du militaire, longtemps déformée à cause d’"Armageddon" et de "Pearl Harbor" (le vrai coupable se nommait Jerry Bruckheimer !), se teinte là encore d’un vrai regard critique digne de celui dont faisait preuve Sean Connery au détour d’une réplique dans "Rock". Quant à sa concentration du récit sur deux losers qui refusent de rentrer dans le rang et s’embringuent dans un coup risqué qui les dépasse, c’est un retour franc et direct à la case "No Pain No Gain". De toute façon, sur les 2h16 sans temps mort qui le définissent, et au-delà de son statut de remake d’un obscur film danois éponyme, "Ambulance" peut se prévaloir d’être l’abécédaire idéal de la signature Bay. Tendu comme un string, électrisant comme un coup de défibrillateur, et surtout vertigineux à force de nous mettre la tête à l’envers. On attendait au moins ça, on aura eu bien plus. Merci Michael.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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