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ALLAH N’EST PAS OBLIGÉ

Un film de Zaven Najjar

La rude immersion dans le vécu d’un enfant soldat

Synopsis du film

Birahima, orphelin de 12 ans, doit quitter son village de Guinée suite à la mort de sa mère, en compagnie de Yacouba, un marabout magouilleur, pour rejoindre sa tante Mahan en Sierra Leone, via le Liberia. Mais sur la route, leur mini bus se fait attaquer par des hommes à moto. Engagé malgré lui dans une troupe de gamins armés, menée par un ancien prêtre devenu colonel, il reçoit une arme…

Critique du film ALLAH N’EST PAS OBLIGÉ

Remarqué l’an dernier au Festival d’Annecy, "Allah n’est pas obligé" est l’adaptation attendue du roman éponyme signé Ahmadou Kourouma, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens. Réalisé par Zaven Najjar, directeur artistique sur un film traitant déjà de la guerre, "La Sirène", commence comme le livre, à la première personne, avec la voix-off de Birahima, garçon de 12 ans, se décrivant comme « maudit », alors qu’après la mort de son père, il est élevé par sa grand-mère aimante, auprès de sa mère malade, amputée de la jambe droite. Suite au décès de cette dernière, c’est au périple du jeune garçon, accompagné de Yacouba, « marabout multiplicateur de billets » qui devra sa vie à ses grigris, que l’on assistera tout au long du métrage, les deux se retrouvant sous le joug du « colonel » et ses enfants soldats.

Contrastant avec le portrait du petit enfant poli du début, ce périple qui les mènera finalement jusqu'en Cote d'Ivoire, met en évidence à la fois l’importante avidité des hommes, la paranoïa des chefs autour du risque de perte de pouvoir, ainsi que le perte du sens de toute humanité. Mettant en avant les rivalités et la violence sans filtre (ici on coupe les mains aux voleurs...), l’histoire met aussi en évidence les intérêts privés, autour de l’orpaillage et des enjeux de contrôle des richesses, auxquels répond malheureusement le discrédit des institutions internationales. Forcément politique, le film aborde aussi la corruption, les massacres, le tout sur fond de superstitions qui prennent par moment de drôles de formes (le présage du mauvais sort incarné par une chouette qui sort des bois… par la gauche).

Côté animation, "Allah n’est pas obligé" varie les formats graphiques, lorsqu’il s’agit par exemples d’expliciter la situation politique ou conflictuelle des pays traversés, d’illustrer l’effet de puissantes drogues (des déformations et superpositions), de donner à voir divers souvenirs, comme un apaisant moment de baignade dans les bleus et verts… Il utilise ainsi mille couleurs soutenues, pour retranscrire l’intensité de la forêt (la travail sur les dégradés de la végétation impressionne), la profondeur des mines de diamants, le mouvement d’une mère qui court (la végétation devient alors un ensemble de points de couleur…), ou encore les tenues flamboyantes des civils. Développée à hauteur d’un enfant qui doit grandir trop vite, cette histoire indispensable bouscule, et l’on ressort de la salle convaincu que le monde va mal, mais que raconter la violence du vol de l’enfance est plus nécessaire que jamais.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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