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ALL AROUND US

Petite psychothérapie du Japon

Un homme, une femme, bientôt un bébé. Kanao abandonne son job de cordonnier pour devenir dessinateur judiciaire. Shoko travaille quant à elle dans l’édition, et attend avec enthousiasme l’arrivée de leur premier enfant. Or la perte de l’enfant poussera la femme vers la dépression. Son compagnon, plus calme face aux accidents de la vie, tentera de la soutenir dans cette épreuve tout en assistant à travers son job aux grands crimes des années 90...

Disons-le d’emblée : l’intérêt de “All round us” réside principalement dans la performance des deux acteurs, superbes, qui portent le film pendant près de 2h20. La première partie, centrée sur le couple, présente avec humour les aspirations des deux personnages. Ils sont bien sûr diamétralement opposés, avec d’un côté l’homme nonchalant au possible, en total décalage avec son nouveau métier, et de l’autre une femme stressée et calculatrice, qui va jusqu’à planifier froidement chaque rapport sexuel en fonction du calendrier (scène très drôle au demeurant).

La deuxième partie, plus grave, se focalise sur la femme, en proie à une grave dépression suite à la perte de l’enfant tant attendu. Lily Franck révèle son talent à travers toute une palette d’émotions : doute, regret, paranoïa, face à un mari résolument passif. La complexité des personnages s’en trouve alors étoffée, avec une mise en parallèle admirablement menée entre la portée d’un drame personnel, lâché tel une bombe dans la cellule familiale, et la médiatisation grandissante des procès qui marquent la société japonaise. Le chapitre se clôt d’ailleurs par une scène brillante de crise de nerf, qui marque la montée en puissance du récit. A ce stade, on aimerait bien que le film s’arrête.

Parce que si la troisième partie est porteuse d’un message d’espoir (tout le monde a droit au bonheur), elle manque clairement d’épaisseur. Après avoir atteint des sommets d’intensité, Hashiguchi Ryosuke sabote son propre film en lui donnant une fin convenue et en négligeant ses personnages, qui n‘évoluent plus. Le dénouement familial aurait pu faire mouche, or il tombe à plat, comme un cheveu sur la soupe. Le film se dilue, bercé par une musique insipide façon boys band japonais. C’est dommage, car rien n’est pire qu’un charme qui laisse place à l’ennui.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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