ALGUNAS BESTIAS

Mépris de classe et autres démons

Alejandro et sa femme Ana ont invité pour un week-end les parents de cette dernière, Dolorès et Antonio, sur une île où ils espèrent transformer une vieille maison en maison d’hôtes, faisant ainsi profiter les clients de l’isolement des lieux. Mais lorsqu’ils évoquent avec la mère l’éventualité d’un investissement de sa part en vendant des terrains familiaux, une certaine tension devient palpable…

Algunas Bestias film movie

"Algunas Bestias" est de ces films intimistes qui distillent un épais venin, suggérant plus les situations gênantes que les montrant, et permettant aux non dits de s’exprimer, souvent pour le pire. De mépris de classe il est surtout ici question, ceci à plusieurs niveaux, entre des parents n’ayant aucun confiance en leur gendre, considéré comme un raté, mais aussi entre le gendre et son employé de maison, sorte d’homme à tout faire, auquel on en demande peut-être un peu trop, voire directement entre les parents et cet homme, passant du statut de « suspect » dans son attitude vis à vis des adolescents (les enfants d’Alejandro et Ana) à celui d’objet au fil des scènes. Les bêtes sont donc lâchées, ruminant leurs préjugés, surveillant leurs acquis, et convoitant même ce qu’ils n’ont pas.

Utilisant à merveille le cadre dans le cadre (notamment un magnifique plan sur cette étendue d’eau les séparant du monde civilisé, vue depuis le dessous d’une table de jardin…) pour mieux enserrer ses personnages dans leurs valeurs figées, Jorge Riquelme Serrano, dont c’est le second long après "Camaleón", compose une œuvre élégante et amère, marquant une certaine amoralité bourgeoise. Paulina Garcia fait à nouveau mouche en mère obsédée par son physique vieillissant, quant à Alfredo Castro, décidément incontournable, il incarne un homme en retrait, pilier d’une famille pas aussi stable qu’il n’y parait. Convoquant d’autres thèmes, comme celui de la jeunesse et du désir qui nous échappe, "Algunas Bestias" souffre peut être d’un excès de noirceur sur la fin, mais parvient à décrire des relations familiales socialement biaisées, qui font froid dans le dos lorsqu’elles impliquent les adolescents.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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