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ADIEU MANDALAY

Un film de Midi Z

Portrait glaçant d’une communauté en quête d’identité

Originaires de Lashio en Birmanie, Liangqing et Guo, passent clandestinement la frontière thaïlandaise. Arrivés à Bangkok, Liangqing peine à se faire engager sans permis de travail et fait la plonge des heures durant dans un petit restaurant. Guo qui est tombé amoureux d’elle, tente de la convaincre de venir travailler dans une usine où le patron, peu scrupuleux, n’est pas trop regardant vis-à-vis consignes officielles…

Adieu mandalay film image

Marquées par des décennies de dictature militaire, la Birmanie n’offre guère d’alternative à la misère. Pour ne pas risquer leur vie dans une mine de jade ou dans le trafic de drogue, les plus démunis tentent pour la plupart de fuir clandestinement le pays. C’est le choix qu’ont fait Liangqing et Guo quand ils se rencontrent dans la voiture d’un passeur. Or, une fois en Thaïlande un autre piège se referme sur eux, celui de l’asservissement par le travail. Un esclavagisme moderne qui leur permet de gagner juste quelques baths qu’ils partagent ensuite entre leur famille et les faussaires sans scrupules qui leur font miroiter un permis de travail, première porte illusoire vers la réussite.

Fuyant la même détresse, les désirs de Liangqing et Guo diffèrent pourtant. Lui veut gagner assez d’argent pour revenir en Birmanie et ouvrir un magasin de vêtement importés de Chine. Elle, plus éduquée, veut tenter sa chance dans ce monde « libre » et ne pas regarder derrière elle. Lui est amoureux, elle ne s’en laisse pas le loisir. Ils feront corps néanmoins face à l’adversité, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Des personnages forts, aussi déterminés que respectueux, qui ne plient devant aucune humiliation, s’autorisant juste quelques sanglots à l’arrière d’un scooter après une énième désillusion.

Juste et minutieuse, la mise en scène de Midi Z s’appuie sur un précieux travail d’investigation. Avec ses acteurs, il va pendant plusieurs mois écouter ces birmans piégés dans une nouvelle dictature, celle du profit. En résulte une fiction tragiquement réelle qui, quand l’horreur devient palpable, délaisse un temps le réalisme pour user d’allégories. Une façon pour le réalisateur d’exprimer le profond respect qu’il a pour ses personnages tout en montrant le vrai visage de ceux qui les exploitent. Dignes et patients, Liangqing et Guo font force chacun d’une détermination sans bornes. Seules leurs attentes diffèrent, emportant le couple à la dérive vers d’inévitables précipices. Avec "Adieu Mandalay", le réalisateur livre ainsi une œuvre puissante qui puise sa force dans le documentaire pour petit à petit appuyer son propos dans une tragédie aussi réelle que glaçante.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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