ABEL

Un film de Elzat Eskendir

Bien filmé, mais un peu confus

Synopsis du film

En 1993, dans la steppe du Kazakhstan nouvellement indépendant, une ferme collective est démantelée. Le troupeau de moutons attise les convoitises et chacun essaie d’avoir sa part, honnêtement ou non…

Critique du film ABEL

La transition post-soviétique vers l’économie de marché et la démocratie a été douloureuse dans tous les pays issus de la dislocation de l’URSS. Ceux qui ont plus rapidement compris les changements se sont rapidement enrichis sur le dos d’un peuple qui n’était pas prêt (cf. les oligarques russes). "Abel" a le mérite de traiter ce sujet en se décentrant vers le peuple kazakh et sur un espace rural, montrant ainsi que les rapaces étaient présents à toutes les échelles dans cette période de bouleversement.

Le film commence par un long plan-séquence qui est plus performatif qu’utile et qui est assez représentatif de ce qui suivra : une façon de filmer quasi documentaire, au plus près du vécu, qui confère au métrage son authenticité (et aussi sa beauté, car les plans sont soignés), mais également une certaine confusion et beaucoup de vide. Certes, on se situe dans un espace vaste où il ne se passe pas toujours grand-chose, mais certains plans s’avèrent inutilement longs. D’autre part, la situation manque régulièrement de clarté (en partie à cause de références culturelles que nous n’avons pas, mais pas seulement), même si on peut se dire que cela n’empêche pas de saisir le principal.

Certaines figures, dont le personnage-titre, bénéficient d’un certain charisme et d’un jeu intense qui permettent de s’attacher au récit voire d’être ému. Pourtant, il n’est pas aisé de maintenir l’intérêt, entre autres parce que le réalisateur a tendance à sous-exploiter certains protagonistes (comme le neveu qui revient de prison) ou, au contraire, à donner l’impression qu’il se focalise trop sur des aspects qu’il n’exploite finalement guère.

Reste aussi l’épineuse question idéologique. Même si la dénonciation de la corruption des élites locales est nette, le film se montre ambigu dans son discours, donnant l’impression, notamment durant une scène de débat entre les personnages, d’une glorification des dirigeants soviétiques (ou au contraire d’une condamnation virulente de Gorbatchev considéré comme un agent des Américains) ou même de Noursoultan Nazarbaïev, premier président du Kazakhstan indépendant, connu pour son autoritarisme. On peut considérer que c’est simplement un des aspects documentaires du film qui ferait tout simplement le constat de ce mélange de nostalgie et de fierté nationale dans les populations de l’ex-URSS (c’est une réalité qu’on ne peut nier), mais cela manque de clarté dans le propos, et le soutien marqué des institutions kazakhes dans le générique ne fait qu’alimenter le doute.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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