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A SWEDISH LOVE STORY

Un film de Roy Andersson

Quand le désir adolescent côtoie la morosité adulte

Synopsis du film

Deux adolescents se rencontrent par hasard. Le désir est mutuel et immédiat, mais ils hésitent à faire le premier pas. Ils commencent à changer : encore enfants et déjà un peu adultes…

A Swedish Love Story film movie

Critique du film A SWEDISH LOVE STORY

Critique rédigée à l’occasion de la ressortie du film le 2 septembre 2026.

Malgré le bon accueil qu’il avait reçu en 1970, le premier film de Roy Andersson a longtemps été inédit en France (sortie en salles pour la première fois en 2008) et le cinéaste n’a pas été très prolifique au cinéma pendant 30 ans, avec un deuxième long en 1975 ("Giliap", plus représentatif de son style mais bien plus mal reçu) et un troisième seulement en 2000 ("Chansons du deuxième étage"), travaillant dans la publicité entre-temps. Le style Andersson n’est guère identifiable dans "A Swedish Love Story" : on le trouve dans d’infimes touches de burlesque, dans certains longs plans et, surtout, dans son introduction (ça commence dans un hôpital) et sa conclusion. Quoi qu’il en soit, ce film vaut largement le détour.

À première vue (et le titre participe à cette impression), c’est surtout une histoire de bluette adolescente. Ce n’est pas totalement faux : la trame principale suit bel et bien une fille et un garçon qui découvrent cet âge hybride qu’est l’adolescence. Et à ce sujet, Roy Andersson filme avec une grande justesse cet entre-deux qui fait qu’à cet âge, l’enfance est encore là, entre insouciance, innocence et esprit joueur, mais les préoccupations et les agissements commencent à devenir plus adultes : cigarettes, alcool, motos, boîte de nuit, et évidemment sexualité. Sur ce dernier point, "A Swedish Love Story" aborde avec douceur le désir naissant et les premiers émois, proposant une certaine sensualité qui ne verse pas dans l’érotisme comme ont pu le faire des films de la même époque (ère de libération qui a titillé les limites au point de flirter avec la pédophilie). Ici, on reste surtout dans le jeu des regards (le désir est souvent palpable dans le subtil jeu non verbal d’Ann-Sofie Kylin et Rolf Sohlman), dans quelques caresses plutôt pudiques, et dans une certaine légèreté vestimentaire typique des années 70, le tout assorti de hors champs et d’ellipses. Bref, une vision de l’adolescence à la fois authentique et respectueuse.

Mais si "A Swedish Love Story" prend le temps de développer cet amour adolescent, parfois enveloppé dans une atmosphère mélancolique (cohérente avec la relative volatilité de cet âge instable), il ne reste pas au stade du récit initiatique et cette histoire d’amour côtoie des vies d’adultes (leurs familles respectives) qui contrastent avec leur recherche du bonheur : entre dépression, désillusion, nihilisme, ou encore violence conjugale, ce monde adulte ne fait pas envie ! On retrouve mieux, dans cet aspect, la noirceur cafardeuse des œuvres ultérieures de Roy Andersson, qui ne se montre pas tendre avec une société engoncée dans la tristesse, l’absurdité ou la superficialité (celle du consumérisme par exemple). La fin du film, qui donne l’air de laisser tomber définitivement le couple d’ados, surprend autant qu’elle marque. Et "A Swedish Love Story" semble ainsi nous dire que ces deux êtres en croissance vivent peut-être leurs meilleurs moments avant que leur vie ne bascule dans ce monde adulte…

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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