À BRAS LE CORPS

Un film de Marie-Elsa Sgualdo

Résister ou se soumettre

Synopsis du film

1943, en Suisse, territoire « neutre » qui renvoie les étrangers qui essayent de passer la frontière en les remettant aux Allemands. Emma, jeune fille de 15 ans, ayant perdu sa mère et travaillant comme bonne chez le pasteur du village, soumet sa candidature au Comité d’entraide pour obtenir le Prix de vertu qui lui permettrait de disposer d’argent pour ses études d’infirmière et une dote pour se marier. Mais alors que deux journalistes rendent visite au pasteur, lors d’une balade en montagne l’un d’eux l’emmène à l’écart, l’embrasse, puis la force à avoir un rapport sexuel…

Critique du film À BRAS LE CORPS

En mettant en parallèle les agissements d’une jeune femme (Emma), face à la grossesse qui l’attend et qu’elle refuse, car synonyme de déshonneur ou de mariage de convenance, et surtout de potentiel abandon des études dont elle rêve, et les tentations d’un pasteur (Robert) de dénoncer la complicité de son pays dans les atrocités commises par les Nazis, Marie-Elsa Sgualdo frappe fort et accouche d’un film à la tension permanente. Grace à sa jeune actrice, Lila Gueneau, parfaite de retenue et de contrition, dont on sent dans le regard et la tension des muscles du cou, les contrariétés, l’écœurement, ou le désir irrépressible de fuite, son scénario, coécrit avec Nadine Lamari, dépeint avec acuité l’étouffement progressif que subit le personnage, devant faire face constamment aux décisions prises pour elle par les hommes (le médecin qui lui refuse de l’aider pour avorter, Paul qui ne l'autorise pas à aller travailler chez le nouveau pasteur…).

Marquant une rupture au sein du métrage, alors que le pasteur ose un serment trop politique au goût de certains, celui-ci disparaissant alors du paysage (laisser planer le doute sur son sort est plutôt bien vu), le récit entame alors d’étrangler sa protagoniste jusqu’à provoquer enfin chez elle une réaction, certes peu réfléchie, mais qui permet d’initier un troisième acte salvateur. Offrant au départ des moments bucoliques dans les montagnes ensoleillées de l’été, la tonalité du film peut progressivement se refermer, sur des intérieurs comme lieux d’esclavage de la femme, puis sur une ville et des ateliers bien gris. Renforcée par les renoncements d’autres femmes (ceux de la femme du pasteur face aux valeurs trop strictes, ceux de la mère pourtant adultère face au bienséant en société, ceux de la fille du pasteur, Colette, vers la fin…), la mise en scène de Marie-Elsa Sgualdo assène des coups qui auraient raison de la volonté de beaucoup. Mais le personnage d’Emma constitue au final un symbole, celui d’une possible émancipation.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire