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7 MINUTI

Un film de Michele Placido

11 femmes en colère

Italie, de nos jours. Une entreprise de textile est rachetée par une multinationale française. À l’issue de la réunion avec les anciens dirigeants, les nouveaux acquéreurs ne souhaitent licencier personne mais demandent aux employées de signer un nouveau contrat stipulant qu’elles acceptent de perdre chacune 7 minutes de leur pause déjeuner quotidienne. Cette proposition est soumise au vote des onze employées représentantes du personnel. Commence alors un long débat entre ces femmes…

Film ancré dans l’ère du temps (rappelons qu’il est tiré de faits réels survenus dans une usine à Yssingeaux en 2012 en France), "7 minuti" pose une réflexion sur la condition d’ouvrier avec une question : jusqu’à quel point peut-on brader sa dignité d’ouvrier pour garder son emploi ? En outre, le scénario va plus loin en mettant en avant la conséquence de leur réponse sur l’ensemble des ouvrières textiles des autres usines : en acceptant elles pourraient donner en effet un exemple dans la rhétorique patronale qui pourrait faire passer des mesures semblables dans d’autres entreprises.

Ce long-métrage est d’autant plus d’actualité qu’il est une juste photographie de la condition ouvrière en Europe occidentale. Il y est question d’immigration (avec deux représentantes étrangères, l’une d’origine africaine, l’autre des pays de l’Europe de l’Est), de handicap, de préjugés, de jeunesse et de vieillesse. Plus qu’un simple film ouvrier c’est aussi une peinture de l’Italie actuelle, de certains de ses maux (le racisme, la pauvreté, la place de la femme) qui resurgissent au travers des arguments utilisés par les différentes ouvrières.

Également féministe, le film dresse des portraits de femmes éclectiques et analyse leur place dans l’entreprise. Car dans ce long-métrage l’un ne va pas sans l’autre : ce sont des femmes et des ouvrières. Deux types de femmes s’affrontent : celle qui a réussi à s’élever à hauteur des hommes mais qui finalement est devenue l’une d’entre eux, et la petite main, que les patrons draguent ou ont dragué. Cependant, le film ne perd jamais le point de vue qu’elles ont toutes été des ouvrières à des moments différents de la vie avec des situations différentes pour chacune d’entre elles.

On peut reprocher au scénario la différence d’écriture au niveau des personnages féminins qui ne possèdent pas tous la même profondeur. Quant à la mise en scène, elle reste soft et on est quasiment circonscrit aux bâtiments de l’entreprise, pour être au plus près de la tension des négociations.

Au final, ce long-métrage militant fait réfléchir sur la situation des ouvriers en Europe occidentale aujourd’hui et leur lutte pour le maintien de leurs droits. Il offre aussi un portrait de la condition de la femme ouvrière, voire simplement de la femme dans la société actuelle.

Kevin GueydanEnvoyer un message au rédacteur

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