28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS
Memento Moris in aeternum
Synopsis du film
Alors que Spike se retrouve dans les griffes du terrible groupe des Jimmy, mené par une fanatique bling bling sataniste, son vieil ami le docteur Ian Kelson est peut être sur le point de faire une découverte majeure concernant l’infection. Mais dans ce monde désolé et oublié de tous, qu’est-ce qui pourrait entraver de si bonnes nouvelles ?
Critique du film 28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS
Plus de 20 ans plus tard, Danny Boyle et son compère Alex Garland scénariste déjà à l’œuvre sur le premier opus "28 jours plus tard", sorti en 2001, ont fait une proposition plus qu'étonnante : au lieu de tourner une suite tardive et mercantile qui ne fait que singer le succès de son prédécesseur, le duo a décidé de bousculer tout ce beau monde et ces règles bien établies des « suites ». Toujours plus fort, toujours plus sanglant, "28 ans plus tard" l’était sûrement, mais le long métrage proposait un parcours initiatique complètement bizarroïde où tous les curseurs du médium étaient poussés au maximum avec un résultat plutôt clivant. L’auteur de ces lignes ne peut s’empêcher d’avoir une certaine fascination pour cette nouvelle trilogie qui s’annonce riche en propositions qui risquent de heurter les esprits, autant par sa violence que par la direction narrative et esthétique.
La saga se mue en quelque chose d’unique et ce nouveau volet, faisant suite directement à l’opus de Danny Boyle, prouve bel et bien que ce qui intéresse les deux artistes ce ne sont pas les infectés et une bête quête de survie face à la menace, mais plutôt de poser un regard nihiliste sur notre monde actuel mais toujours teinté d’espoir et d’humour. Oui oui, ils ont réussi un pot pourri extra large où tout déborde. Ceux qui ont été en rejet avec le précédent opus ne devraient pas forcément changer d’avis ici, même si le film adopte une narration plus recentrée et dite classique (au sens noble du terme). Nous sommes toujours dans la continuité du précédent film, déjà parce que ce « Bone Temple » ouvre sa première séquence quelques heures à peine après la fin du premier opus, avec ce jeune Spike pris dans un combat à mort sous le regard goguenard de Sir Jimmy Crystal (excellent Jack O’Connor) mais aussi parce qu’il en prolonge les thématiques avec panache.
Alors que le premier volet de cette nouvelle trilogie posait un regard sur un monde qui n’existe plus, malgré le fait que l’être humain s’y accroche mordicus (le père de Spike joué par Aaron Taylor Johnson en était la représentation), cette suite (sortie moins d’un an après, les deux films ayant été tournés coup sur coup) se concentre sur l’aspect humain/monstre que ce type de film nous a habitués en long et en large. Mais avec l’époque dans laquelle on évolue, cette troupe de Jimmy coiffée d’une perruque blonde et semant désolation et carnage au nom de la Charité trouve un écho tout particulièrement troublant avec notre réalité. Le point fort du film est de mettre en opposition la montée de ce faux prophètes (le Jimmy originel serait le fils de Satan lui-même), inventant sa mythologie quand bon lui semble et baignant dans une déformation constante des choses réelles (son obsession pour les Télétubbies en dit long) avec l’évolution du docteur Kelson joué par le merveilleux Ralph Fiennes, qui apporte cette lueur d’humanité et d’espoir.
Nous ne gâcherons ici aucune surprise que le script vous réserve et dieux sait qu’elles sont légions, mais la structure encore une fois proche du conte, contrebalancé par une énergie formelle aux petits oignons, permettent au film de se hisser sans mal parmi les meilleurs du genre. Malgré sa position d’épisode de transition, jamais le long métrage ne nous fera sentir l’effet d’une quête annexe tant celle-ci est mue par une besoin vital de prévenir les consciences : le Malin existe et il est en chacun de nous. Vieil adage, surtout pour ce type de productions, mais la mise en situation tellement inédite, l’écho à notre réalité qui se délite de jour en jour et la capacité de Nia DaCosta (Candyman 2021) d’endosser la charte graphique si excentrique de Monsieur Boyle tout en conservant son identité rendent la chose encore plus passionnante.
La cinéaste ne cherche pas l’expérimentation formelle à tout prix, comme son mentor, mais garde sa mélancolie, sa tendresse, qu’elle injecte au détour d’un dialogue ou d’un plan telles des miettes de pains le long du chemin. Heureusement pour cette cinéaste qui s’est retrouvée broyée avec le rouleau compresseur Marvel avec son film de commande "The Marvels", véritable trauma au box office et au niveau critique… Nous sommes si satisfaits de voir que ce genre de propositions arrivent à trouver une place dans le circuit international, malgré leur mauvais goût assumé, ce penchant pour l’absurde et surtout ce regard acerbe sur nous autres, être humains. Toute ressemblance dans le film entre son antagoniste avec le président des États-Unis est fortement fortuite… Ou pas. Et dire qu’un dernier volet nous attends et au vu du final de celui-ci, et avec Danny Boyle aux commandex pour conclure son affaire, on ne peut s’empêcher d’avoir la banane et de quémander du rab.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur



