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Festival Hallucinations Collectives 2026 – Bilan : Troisième jour
EL FANTASMA DEL CONVENTO

"El Fantasma del Convento" (c) Producciones FESA (Films Exchange)
La deuxième étape de notre panorama du cinéma d’exploitation mexicain n’aura pas fait l’effort de suivre l’ancienneté des films proposés, et pour cause, ce fut un choix revendiqué par l’équipe du festival : bousculer la chronologie du voyage était la meilleure façon d’honorer l’imprévisibilité créatrice et thématique des films en question.
Pour le coup, il était l’heure de revenir aux origines du genre avec un film issu des années 30 et qualifié de premier grand film d’épouvante du pays. "El Fantasma del Convento" prend ainsi place dans un ancien couvent perdu en pleine campagne mexicaine, dans lequel un trio de voyageurs égarés trouve refuge le temps d’une nuit. En principe, vous devinez déjà la suite : hospitalité inquiétante du lieu (avec pas mal de moines intrigants), phénomènes inexpliqués en pleine nuit, suspicion fantomatique en veux-tu en voilà, velléités tantôt mentales tantôt morales, réveil avec plus d’interrogations que de réponses quant à la réalité de ce qui a été vécu… On s’interdira pour le coup de crier au manque d’originalité et au défilé de poncifs ô combien usités dans la mesure où le film de Fernando de Fuentes a clairement valeur de relique du genre et de la production locale.
Ce qui mérite d’être salué tient surtout sur la modernité formelle (plutôt rigoureuse et audacieuse pour un film de cet âge-là) et sur des petits jeux de lumière renvoyant à tout un pan de l’expressionnisme européen (on ne pense pas souvent à Dreyer par hasard). Reste la fausse bonne idée du réalisateur d’avoir voulu s’écarter des principes narratifs d’un cinéma hollywoodien trop porté sur la musique et le visuel trop rempli pour prioriser soi-disant un cinéma carburant au silence et à l’abstraction. En l’état, la bande-son abuse trop souvent de l’enjolivure musicale pour qu’une telle démarche puisse être défendue. Même la prestation des acteurs reste sujette à débat, surtout dans la mesure où un moine bavard passe ici pas moins de vingt minutes à raconter à voix haute les enjeux du scénario à un trio de comédiens statufiés dont le jeu se limite à lever le sourcil. En fin de compte, là encore, il s’agit d’une pièce d’époque d’un cinéma d’exploitation méconnu que l’on se réjouit d’avoir découverte et ajoutée à notre parcours cinéphile, mais qui, en tant que telle, ne gagnera pas à être revue une seconde fois.
HABIT

"Habit" (c) Etv Studios
Après la noirceur des couvents mexicains, retour franco vers la noirceur des quartiers new-yorkais avec une splendide rareté, du genre à s’imposer à nous comme une pièce essentielle du panorama indépendant américain, et dont l’acteur-réalisateur était jusqu’ici inconnu au bataillon en dépit d’un CV plus que conséquent. Gloire soit rendue aux Hallus de braquer les projecteurs sur Larry Fessenden, jeune artiste aux multiples casquettes : outre un statut d’acteur, de scénariste et de réalisateur, on lui doit aussi d’avoir participé à la production des films de cinéastes indépendants aujourd’hui célébrés comme Kelly Reichardt ("Wendy & Lucy") ou Ti West ("The House of the Devil").
Côté mise en scène, "Habit" reste à la fois un zénith créatif et une fermeture médiatique, dans la mesure où son triomphe au festival de Sundance et sa réception critique dithyrambique ne lui auront pas permis pour autant de devenir une valeur montante au sein des circuits indépendants. On invite donc d’ores et déjà les éditeurs DVD/Blu-ray à se bouger les fesses pour sortir au plus vite ce classique ultra-méconnu en France, de nouveau centré sur un cadre urbain où les codes du fantastique trouvent racine. Du début à la fin, on y suit un homme errant en plein New York (joué à des fins autobiographiques par Fessenden lui-même), dont le mal-être relié autant à une récente rupture amoureuse qu’à des pulsions en rapport avec l’alcool suffisent presque à en faire un décalque de l’épave sociale incarnée par David Thewlis dans le "Naked" de Mike Leigh. Le jour où il rencontre la sensuelle et mystérieuse Anna (Meredith Snaider, à tomber), il ne sait pas encore que ce qu’il prend pour le début d’une nouvelle relation sentimentale marquera surtout les prémices d’une spirale toujours plus autodestructrice, l’isolant aussi bien de ses proches que des conventions du monde réel.
Blindé d’idées de mise en scène puissantes (dont des cadrages assez voisins de ceux du génial "Schizophrenia" de Gerald Kargl), le film épouse un trajet d’errance et d’incertitude complète au sein d’un cadre poisseux où le désir et la dépendance ne cessent de confondre leurs définitions respectives. Reliant l’amour et la prédation, l’instinct de survie et la quête de rédemption, le cinéaste offre ici un traitement puissamment métaphorique de la figure du vampire, mais s’interdit pour autant de rattacher son film à un genre codifié précis. Ni film d’horreur psychologique ni drame urbain stricto sensu, "Habit" échappe aux étiquettes faciles pour se muer en objet transgenre de tout premier choix, qui questionne sa propre nature en même temps que celle des âmes en peine et/ou en pression qu’il met en scène. C’est suffisamment prodigieux pour être salué.
JUNK WORLD

"Junk World" (c) UFO Distribution
Suite ou préquelle ? En dépit de ce qui semble clairement annoncé par l’affiche du film (et en même temps un peu contredit par certaines déclarations glanées ici et là sur les réseaux sociaux), il faut en réalité attendre la toute fin de la scène post-générique pour avoir la réponse. Ceci étant dit, on s’en fiche un peu dans la mesure où "Junk World" ne nécessite pas fondamentalement une connaissance préalable de l’univers mis en place par "Junk Head". Toujours aussi homme-orchestre de sa propre création (le générique final nous le montre concevoir chaque plan en solo avec un investissement qui force le respect), Takahide Hori cherche ici à imposer une prolongation de son propre univers, moins pour en élargir les règles que pour en questionner les ramifications diverses ainsi que les thématiques sous-jacentes (en particulier celle de la réincarnation qui prend ici un relief des plus amplifiés).
De facto, là où la structure linéaire de "Junk Head" développait le trajet d’une créature cybernétique dans un monde où l’humanité a trouvé la vie éternelle au travers des manipulations génétiques, cette nouvelle itération graphique invite à en questionner les origines et les facteurs d’évolution. La stratégie élaborée par Hori n’est au final pas du tout celle à laquelle on aurait pu s’attendre : un récit narratif triplement recourbé sur une seule et même situation, et ce par un jeu savant de rembobinages et de réécritures temporelles visant à creuser comment tel ou tel personnage peut renouveler sa propre âme et sa propre enveloppe corporelle.
Surprise totale, donc, face à ce qui s’impose très clairement comme une œuvre authentiquement cérébrale, éclairant certes les détails de cette rébellion robotique suggérée en amorce de son prédécesseur, mais jouant surtout à loisir sur les paradoxes temporels et les non-dits d’une scène pour relancer les dés du récit et enrichir au plus haut point sa matière réflexive. Baignant dans un univers cyberpunk qui trace un trait d’union entre George Miller et Mamoru Oshii, ce parangon de stop-motion tonitruante ne cesse d’impressionner par sa maîtrise technique et son goût des scènes d’action destructrices. C’est peu dire qu’on en ressort avec les neurones en surchauffe, état doublé de la grande satisfaction de voir une création animée capable d’engendrer une montagne réflexive qui la surpasse sur tous les aspects, un peu à l’image de ce qu’Oshii avait réussi à imposer avec la suite monumentale de "Ghost in the Shell". En l’état, et à notre plus grande surprise, on tenait clairement là notre chouchou de la compétition longs-métrages.
THE DEVIL’S BRIDE

"The Devil’s Bride" (c) Lietuvos Kinostudija
Un conte musical lituanien, adapté d’un roman narrant un pacte faustien sur fond de folklore local, le tout dans un décor des Carpates où pullulent les cérémoniaux tantôt christiques tantôt païens et les numéros musicaux campy en mode "Jésus-Christ Superstar" : il n’en fallait pas moins pour que l’on s’attende à trouver là l’ovni WTF de cette sélection 2026. Judicieusement casé dans l’indispensable Cabinet des Curiosités du festival, "The Devil’s Bride" n’a déçu aucune des appréhensions le concernant, dont celle de nous offrir du jamais-vu qu’on n’aura pas forcément envie de revoir un jour.
Le plus amusant à retenir de cet opéra moderne repoussant les frontières de l’hallucination collective programmée, c’est juste d’apprendre la difficulté de la censure soviétique athée de l’époque à se démener avec un objet aussi idéologiquement bordélique, flirtant aussi bien avec la fibre païenne (ça pouvait passer) qu’avec les élans chrétiens (ça pouvait coincer) au sein d’une narration qui semble accumuler sans limite au lieu de chercher à bâtir en délimitant. Grosso modo, ça beugle des chansons absurdes dont les paroles restent profondément insondables (on y cause de fleurs ou de végétaux pour parler d’amour et de sentiments – nul doute que le jardin tout entier y est passé !), ça offre de la performance d’acteur hors-sol dont les lèvres ne sont jamais bien synchronisées avec les couplets (à noter un diablotin survolté qui gesticule comme si on lui avait carré un piment rouge dans le derrière) et ça rompt avec la tradition grisâtre du cinéma soviétique de l’époque pour au contraire abuser à loisir des couleurs saturées (la beauté picturale de certains cadres justifie l’ouverture et la clôture du film par le biais d’un cadre de tableau).
Si regret il doit franchement y avoir dans ce sous-Ken Russell (enfin, façon de parler…), c’est sur le montage trop syncopé et précipité qui a tôt fait de rendre l’enfilade de numéros chantés tout sauf fluide – passer d’une chanson romantique à un morceau un peu plus énervé impose une sinusoïde des plus crispantes… Que dire de plus ? Juste que c’était une curiosité space qui relève de l’épreuve cinéphile et qu’on ne peut décemment pas conseiller à n’importe qui. Voilà.
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Guillaume Gas Envoyer un message au rédacteur


