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Festival Hallucinations Collectives 2026 – Bilan : Deuxième jour

NIGHT OWL

"Night Owl" (c) Vinegar Syndrome

"Night Owl" (c) Vinegar Syndrome

Parmi les deux grandes thématiques de cette nouvelle édition des Hallus, celle centrée sur les films de vampires new-yorkais à teneur underground était clairement celle qui allait nous placer en terrain connu, ne serait-ce qu’en raison du troisième gros morceau qui allait survenir l’ultime jour du festival – on y viendra un peu plus loin. En attendant, cette thématique intitulée Rotten Apple Fresh Blood aura démarré de façon plutôt molle avec "Night Owl" de Jeffrey Arsenault.

S’inscrivant de plein fouet dans le cinéma indépendant new-yorkais des années 80-90, où l’exploration des codes d’un certain cinéma de genre (en général le polar ou l’horreur) allait de pair avec l’exploration d’un territoire urbain déliquescent, cette péloche semble avoir misé tous ses jetons sur la retranscription crue et réaliste (merci le 16 mm et la caméra tremblante !) d’un certain vivier underground, allant des appartements sous-éclairés aux ruelles glauques en passant par des espaces propres à cette culture. En particulier les bars et les clubs souterrains où pullulent les artistes de la scène branchée de l’époque, et sur laquelle le réalisateur s’attarde ici plus que de raison, allant même jusqu’à faire passer son pitch de suspense vampirique au second plan.

D’où l’échec du film, assez facile à synthétiser : très peu de contenu thématique ou théorique, beaucoup de hors-sujet d’ordre musical (dont les concerts soûlants d’un ersatz de Bonnie Tyler) ou cinéphile (pourquoi avoir casé un quart d’heure d’interview TV de l’actrice Caroline Munro évoquant sa passion pour les films de la Hammer et sa rencontre avec Christopher Lee ?), et au bout du compte, un scénario qui donne l’impression d’avoir été surchargé d’éléments disparates pour palier à la structure squelettique du scénario et au manque criant de moyens. On a beau savoir désormais ce que fut la conception douloureuse de la chose (le réalisateur a mis un peu moins de trois ans à l’achever pour cause de financement alternatif et de pellicule Kodak en arrêt brutal de fabrication), la sensation d’un « cinéma direct » ne compense en rien les faiblesses d’un tel tableau de la pauvreté et de l’aliénation urbaine. À noter la présence dans le rôle principal d’un certain John Leguizamo, alors à peine repéré chez Brian De Palma ("Outrages") et pas encore dans le costume vert du frère d’un célèbre plombier moustachu.

THE BATWOMAN

"The Batwoman" (c) Flair Communications

"The Batwoman" (c) Flair Communications

Autre thématique à l’honneur cette année, et centrale celle-ci : South of the Border, ou une immersion en cinq temps dans un certain cinéma d’exploitation mexicain, longtemps disparu mais récemment retrouvé par quelques archéologues de la cinéphilie locale. L’ambition des Hallus était pour le coup très claire : déceler la richesse et la générosité d’un cinéma rare dont les productions n’auraient soi-disant rien à envier aux productions du reste du monde et réussiraient même à se singulariser par la présence de codes et de mythologies qui lui seraient propres.

Il y aurait fort à redire sur le bilan de cette rétrospective (on y reviendra à l’occasion du cinquième et dernier film), mais pour démarrer ce voyage au Mexique, on aurait pu espérer mieux qu’un banal succédané de la célèbre série "Batman" avec Adam West. Mais si, vous savez, ce fameux truc des années 60 qui commettait l’affront de souiller la création mythique de Bob Kane en l’apparentant à un mauvais numéro de cirque Bouglione avec des clowns gesticulateurs dans des costumes de fête foraine et des onomatopées ringardes pour égayer de la baston binaire sans affect.

Sorti deux ans après le film adapté de cette horreur télévisée américaine (et titré autrement pour son exploitation à l’étranger afin d’éviter un procès des ayant-droits), "The Batwoman" de René Cardona ne mérite pourtant pas que l’on se moque de lui. En dépit de son statut de contrefaçon opportuniste, la chose possède au moins une qualité que son modèle n’a pas : un certain charme de bis inoffensif dont le production design et les choix de montage ne sont pas sans rappeler le travail artisanal d’un certain André Hunebelle. À côté de ça, c’est la foire au n’importe quoi, à base d’ingrédients cheap, de faux raccords énormes (pas très malin d’avoir doublé la mince Maura Monti par une lutteuse bien plus musclée lors des scènes de combats de lutte !) et surtout d’un scénario absurde autour d’un savant fou désireux de changer des lutteurs de lucha libre en hommes-poissons !

On aurait aimé y voir un plaisir coupable pépère pour contrebalancer la météo maussade d’un après-midi lyonnais, mais ça se limite finalement à une case à cocher de plus pour la culture générale du cinéphile… ou alors, si l’on y tient, à un poisson d’avril en bonne et due forme.

MARAMA

"Marama" (c) Grindhouse Paradise Pictures

"Marama" (c) Grindhouse Paradise Pictures

En général, il faut s’attendre à ce que le premier film de la compétition longs-métrages des Hallus soit celui qui suscite le moins d’intérêt – les plus gros morceaux sont souvent conservés pour les derniers jours. La tendance s’est hélas vérifiée avec "Mārama", premier film d’un jeune réalisateur néo-zélandais qui, comme l’indique un carton explicite en début de projection, était désireux d’utiliser la fiction de genre pour passer au crible la mémoire et l’identité de sa culture maorie à travers un angle à la fois anticolonial et féministe. De quoi s’attendre au pendant féminin du fameux "Utu" de Geoff Murphy, dont l’intrigue était déjà plus ou moins la même ?

Disons juste que les belles intentions du propos et la grande maîtrise visuelle dont fait ici preuve Taratoa Stappard peinent à compenser un risque déjà perceptible en amont : comment condenser ce genre de réflexion et de propos sur un peu moins de 90 minutes de projection sans aboutir à quelque chose de trop simpliste et compressé ? À ce jeu-là, le film rate sur le fond ce qu’il essaie de compenser par une forme clairement reliée aux principes récents de la elevated horror telle que de nombreux cinéastes ont su la définir – la symétrie millimétrée et la richesse symbolique de certains cadres sont à deux doigts d’évoquer le travail plastique d’Ari Aster. La bande-son, aussi gutturale que viscérale, relaie efficacement la colère féministe incarnée par son héroïne maorie, de même que l’ambiance gothique ouvertement revendiquée – l’action du film se déroule non pas dans la campagne de Nouvelle-Zélande mais dans un manoir de l’Angleterre victorienne – renvoie assez subtilement à tout un pan du cinéma de genre issu du pays oppresseur.

Mais si le contenant est solide, le contenu demeure trop fragile en raison d’un pitch basique renvoyant davantage à celui d’une série B sèche et brutale qu’à celui d’un vrai pamphlet creusé et habité. Pour cause de durée trop réduite et d’enjeux trop schématisés, la déception est de rigueur. On mettra malgré tout en avant la virtuosité tout à fait évidente du résultat, de même que la sincérité de Stappard pour le sujet absorbé n’est pas à remettre en cause.

BLONDE AMBITION

"Blonde Ambition" (c) Melusine

"Blonde Ambition" (c) Melusine

Ouais, d’accord, on devine bien ce que vous pensez, mais non : dans le film en question, il n’y a ni Jessica Simpson, ni Reese Witherspoon, ni même notre Frédérique Bel adorée ! Quoiqu’en matière de blonde pour qui une feuille coupée en deux aurait valeur de puzzle, cette héroïne magnifiquement cruche incarnée par Suzy Mandel se pose là. Notons aussi que la voix de crécelle qui la caractérise n’est pas sans évoquer celle de l’inénarrable Jean Hagen de "Chantons sous la pluie", et cela suffit à valider au centuple cette tagline commerciale de l’affiche qui tend à qualifier "Blonde Ambition" de croisement entre la comédie musicale mythique de Stanley Donen et la non moins mythique pantalonnade porno "Deep Throat".

En l’état, n’ayons pas honte de le dire, le résultat constitue l’un des boulards les plus jouissifs et les plus hilarants que l’on ait pu voir à ce jour. Comme pour installer une rupture avec les films X trop crus et malsains que les Hallus nous avaient offerts les deux années précédentes, ce bijou de délire désinhibé et parodique fut une bulle de légèreté d’autant plus bienvenue que sa maîtrise scénaristique et son hommage maîtrisé aux classiques de l’âge d’or hollywoodien détonnent sur la pauvreté dont le cinéma porno a trop souvent fait preuve. On doit ce besoin de sérieux et de créativité aux frères Amero, tous deux de grands amoureux des shows de Broadway et des mélodrames d’Hollywood, qui ont mis un point d’honneur à viser grand avec peu de moyens, à peaufiner un scénario très bien écrit où l’enchaînement des péripéties est signe d’une vraie progression dans l’humour et le décalage, et où les scènes de sexe non simulées, bien que régulières et filmées avec soin, ne constituent ici que les épices d’une assiette bien plus garnie que prévu.

Que ce soit pour payer leur tribut aux chorégraphies de Bob Fosse (l’exigence de fabrication est presque la même), pour parodier avec malice un postulat codifié à mort pour n’importe quel mélo (deux sœurs artistes de music-hall quittent leur bled paumé pour tenter leur chance à New York et enchaînent les quiproquos) ou pour imposer d’astucieux principes de montage devenus aujourd’hui familiers (les coupures/continuités de dialogue entre une scène « classique » et une scène de sexe ne sont pas sans rappeler le meilleur passage d’"Austin Powers 2"), les deux réalisateurs s’imposent comme de vrais professionnels. Mieux encore : ils réussissent même à susciter le fou rire de par leurs tares budgétaires (voyez ces plans extérieurs sur un avion en plastique !) et à nous laisser bouche bée par des astuces de montage pour le coup invisibles à l’écran (qui pourrait croire que Suzy Mendell est constamment doublée pour les scènes porno ?).

De toute façon, tant d’énergie burlesque et polissonne au profit du seul plaisir du spectateur, cela suffit à asseoir la richesse et la créativité d’un genre injustement méprisé par les ligues de vertu et les coincés du derrière. Respect absolu, les frangins !

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Guillaume Gas Envoyer un message au rédacteur

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